Qui crie le plus fort?

Ils crient à la présomption d’innocence. Ils crient aux sorcières, aux féministes radicales. Ils n’ont pas compris le problème.

N’ont-ils vraiment pas compris le problème? C’est ce que je pensais au début, mais en réalité, ils l’ont très bien compris et ils ont très bien calculé, comme toujours.

Nous ne sommes pas contre la présomption d’innocence, pas du tout, non. Nous n’avons jamais dit cela. Nous sommes contre l’humiliation que nous subissons chaque jour, de manière plus ou moins visible et prononcée. Oui, car c’est humiliant de se faire sans cesse rappelé que l’on est « en dessous ».

Nommer un Ministre de l’intérieur accusé de viol, ça envoie quoi comme message, aux citoyen.ne.s? Si cet homme n’a pas commis les faits dont il est accusé, il n’a pas a en être responsable, mais le Président est responsable de ses nominations et du message que cela envoie aux citoyens. Et comme si ce n’était pas suffisant, le Président nomme également un Ministre de la justice dont les idées sont claires depuis longtemps, dont il ne s’est jamais caché, même s’il semble aujourd’hui dire qu’il est « féministe ». N’oublions pas qu’il est avocat: modeler son discours pour séduire, c’est l’art qu’il maîtrise.

Le message que l’on reçoit est donc très clair: la sécurité des femmes et la justice pour les femmes ne sont pas une priorité. Point.

Mais ça ne s’arrête pas là. Ces deux personnalités ont été nommées simultanément car le président savait très bien ce qui allait se passer: les « féministes » allaient encore ouvrir leur gueule et donc, on aurait facilement un nouveau bouc émissaire sur lequel taper: les femmes. Qui parlent trop fort, qui dérangent. On se concentre là dessus et ça laisse de la place et du temps pour continuer d’empiler les briques de la même tour, toujours plus haute, pour toujours plus de pouvoir.

Mais Messieurs, si la guerre des sexes vous ennuie, arrêtez donc de nous la déclarer. Si la « justice ne doit pas se rendre sur les réseaux sociaux », rendez-là partout ailleurs.

Le problème, c’est que les hommes (la grande majorité, allez) ne cherchent pas à nous comprendre ni à se mettre à notre place. Je les sens déjà se dresser sur leurs chaises, brandissant leurs pancartes « not all men« . Oui, tous les hommes ne sont pas des violeurs. Mais cautionner un système qui opprime et oppresse, c’est une forme de complicité. Et nous savons très bien que les hommes qui n’ont rien à se reprocher ne sont pas pour autant en train de lutter pour que les choses changent. Donc, si les hommes ne résistent pas, c’est à nous de le faire.

Dès que l’on essaie de protester, cela les agacent et les vexent. Eux qui sont pourtant des experts dans les arts de la guerre et de la violence, depuis la nuit des temps. Dès qu’une femme souhaite se battre aussi, ça les gêne. Quelle hyprocrisie!

Je voudrais faire un petit parallèle avec le racisme, car loin de moi l’idée de me positionner en victime: je suis parfois l’élément dominant dans certains rapports sociaux. Je suis loin d’être parfaite mais je peux vous dire que j’ai quelques bases. Si une personne noire me dit que les blancs sont racistes, je ne vais pas brandir ma pancarte « not all whites« . Je vais écouter. Essayer de comprendre. Essayer de voir en quoi moi aussi, je suis parfois complice. Oh oui, ça pique l’égo hein? Mais je préfère ça que naviguer dans un monde injuste et sale.

Certains hommes combattent donc les « féministes radicales » dans des combats lâches qui n’opposent pas des adversaires de forces égales. Ce qu’ils veulent, c’est nous épuiser. Bonne technique, parce que vraiment, ils nous fatiguent. Heureusement que l’on est la moitié de la population, ça fait beaucoup et on peut se relayer pour porter les combats.

À bon entendeur, salut!

 

La neige et l’eau.

Je n’ai pas écrit depuis quelques mois. Pas d’articles du moins. Ce n’est pas l’envie qui manque, c’est peut-être le temps, peut-être l’organisation. Peut-être que j’ai été absorbée par ma propre vie.

La dernière fois que j’ai écrit, je disais que je plongeais. Depuis, je suis toujours dans l’eau. Je fais la planche sur le dos. L’avant de mon corps en surface est réchauffé par le soleil qui fait sécher le haut de mes cuisses, ma poitrine et mon visage. Je ferme les yeux et je me laisse porter par le doux courant chaud. Les oreilles sous l’eau, je n’entends plus un bruit, que le silence et je me sens en paix. J’ai un demi sourire sur le visage. Je respire.

Je me sens si bien dans ce lagon, dans cette eau turquoise. Comme quoi, cela ne servait à rien de s’inquiéter des poissons, des algues, ou des sirènes. Je n’aime toujours pas trop l’idée des sirènes, mais je n’y pense presque pas. Si j’y pense, je replonge la tête dans l’eau, je fais quelques brasses et je me reconnecte à cette sensation douce et enveloppante de l’eau chaude qui m’entoure.

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Plonger.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Cependant, certains sont quand même assez similaires. Ils sont une progression, une continuation du jour précédent. On avance, on poursuit, on continue. Le paysage du jour n’est pas si différent de celui de la veille même si l’on y croise, peut-être, un chevreuil, alors qu’hier les prairies étaient désertes. On reste sur la même route, on a regardé le trajet à l’avance donc il n’y aura pas nécessairement de surprise.

Mais il suffit d’une minute, ou plutôt d’une seconde pour que cela change. Même si on avait anticipé son parcours, peut-être que l’on n’avait pas vu sur la carte qu’il y avait une cascade à gauche, après le virage. On était trop occupé.e à regarder le temps de trajet et la météo. Puis là, on prend ce virage et… surprise. Continuer à lire … « Plonger. »

Transformer la colère en indignation

Depuis plusieurs mois, je me sens régulièrement et de plus en plus fréquemment affectée par la constatation de l’effondrement progressif de notre monde. J’entends notamment par cela la destruction des écosystèmes, le creusement des inégalités sociales, les multiples injustices et le capitalisme en général. Plus le temps passe et plus mes yeux s’ouvrent sur ce qui est réellement en train de se passer dans le monde. Et « le monde » ne me semble plus être une sorte de concept détaché de « ma petite vie de privilégiée ». Ce monde, j’en fais totalement partie et malheureusement, certaines de mes actions contribuent à sa destruction que je perçois de plus en plus comme une fatalité. Cette fatalité ne me semble plus abstraite et lointaine: je réalise aujourd’hui que je suis spectatrice du début de la fin. Le système complet est voué à l’échec. C’est prouvé depuis longtemps, de nombreuses personnes ont sonné l’alerte il y a une cinquantaine d’années et puisque que le nécessaire n’a pas été fait, nous commençons à en payer le prix. Il nous reste à peine quelques années pour renverser la donne et changer les choses, avant qu’il soit définitivement trop tard. Continuer à lire … « Transformer la colère en indignation »

La bienveillance est à la mode, et alors?

Il y a quelques jours, une personne que je connais a fait une réflexion qui m’a surprise. Cette personne trouve que les safe spaces – ces endroits sécuritaires où la parole est libre, bienveillante et où l’on ne se juge pas – sont devenus (trop) à la mode. On en trouverait presque à chaque coin de rue et ces espaces ne seraient pas vraiment utiles. Son argument? Le jugement est constructif a posteriori (c’est-à-dire après avoir pris connaissance de ce à propos de quoi l’on exprime un avis) car la critique est nécessaire pour avancer. Son point était que dans ses projets artistiques, il a besoin de recevoir ce jugement des autres, ce qui l’aide à progresser et je le comprends.

Le problème que me pose son argumentaire, comme je lui ai dit, c’est qu’il mélange deux choses à mon sens. Les safe spaces ne sont pas des galeries où l’on expose nos œuvres devant un public et des journalistes. Critiquer une création, résultant du « faire » n’a rien à voir avec juger une personne, qui relève du « être ». Parfois bien sûr, une personne va avoir besoin d’un safe space pour se livrer au sujet de ses actions passées, regrettables voire honteuses, mais ce ne sont souvent des actes impulsifs qui ne résultent pas d’une démarche volontaire de création. Continuer à lire … « La bienveillance est à la mode, et alors? »