Des fraises en hiver

Dimanche 28 janvier, j’ai eu l’occasion de visiter la serre sur un toit développée par Les Fermes Lufa à Montréal. Une visite animée par des gens passionnés et donc passionnante. Le concept comme sa concrétisation, du choix des semences jusqu’à la commercialisation des produits, est tout simplement génial et j’avais très envie d’en faire un article pour vous le faire découvrir.

Logo_des_Fermes_Lufa

 

La finalité recherchée :

A l’origine de tout projet, il y a une problématique à résoudre et un objectif à atteindre. Celui des Fermes Lufa est de ramener les légumes et les fruits dans la ville.

Pourquoi? Pour tout un tas de raisons logiques et liées, notamment :

  • écologiques : la réduction de la consommation énergétique et de la pollution ;
  • de consommation : lutter contre des zones de « désert » de nourriture fraîche, variée et saine en ville.

Comme vous allez voir, leur système est très bien pensé et construit, d’un bout à l’autre de la chaîne.

 

La production :

Optimisation de l’énergie:

cofLes Fermes Lufa sont les premiers au monde à avoir créé des serres commerciales sur des toits d’immeubles en ville, à Montréal et aux alentours.

Pourquoi est-ce génial? Une serre sur un toit utilise beaucoup moins d’énergie(s) qu’une serre au sol, notamment parce qu’elle bénéficie de la chaleur qui s’échappe de l’immeuble sur laquelle elle est construite. A l’inverse, la serre dégage elle aussi de la chaleur ce qui permet à l’immeuble de réduire significativement sa propre consommation: c’est gagnant-gagnant.

Le chauffage n’est pas le seul axe de diminution de la consommation car les Fermes Lufa recyclent également l’eau de pluie et la neige (autant vous dire qu’on a de quoi faire ici) qui sont filtrées. L’eau est réutilisée au maximum dans un système d’exploitation cyclique : cela s’appelle la culture hydroponique.

« Nous utilisons des méthodes de culture hydroponique ainsi qu’un système nous permettant de recirculer 100% des eaux d’irrigation. Cela représente une réduction pouvant varier entre 50 et 90% d’eau par rapport à un système ne pratiquant pas la recirculation. »

La chaleur de l’immeuble et l’eau recyclée ne sont cependant pas tout à fait suffisantes pour faire fonctionner la serre. Pour éviter tout gâchis, la consommation complémentaire est calculée précisément grâce à des capteurs installés dans la serre et contrôlée par un système informatisé.

Info en + : Les plants cultivés par les Fermes Lufa ne poussent pas dans la terre : il s’agit de cultures hors sol, qui utilisent des substrats de terre comme de la fibre de coco.

 

Sain et savoureux!

L’ensemble de la chaîne des Fermes Lufa est vertueuse et la fin (soit des fruits et légumes à proximité des consommateurs) a une incidence sur le début, dès le choix des graines. Celles-ci sont sélectionnées pour leur saveur et non pas pour leur capacité à se conserver.

La conservation ne rentre pas en ligne de compte car ce qui pousse dans la serre n’est jamais réfrigéré ni congelé. Les fruits, légumes et herbes aromatiques sont cueillis le matin même du jour où le consommateur va récupérer son panier : ils sont donc récoltés mûrs et pas verts!

Les végétaux sont également savoureux car les Fermes Lufa utilisent des mélanges de plusieurs minéraux pour en développer le goût. De plus, ils sont très sains car : (i) les graines choisies sont sans OGM, (ii) il n’y a aucune utilisation de pesticides, herbicides et fongicides synthétiques.

« Aux Fermes Lufa, nous utilisons des contrôles biologiques pour vaincre les insectes nuisibles. Cela nous permet de produire des légumes sans pesticides, herbicides et fongicides synthétiques.

Les contrôles biologiques des ravageurs est une méthode de gestion des parasites qui se base sur des comportements observés en milieu naturel parmi les organismes vivants. Les agriculteurs du monde entier utilisent de telles méthodes depuis très longtemps et ces techniques ont été développées aux Pays-Bas (tout particulièrement par Koppert, où ils sont basés). En utilisant des contrôles biologiques et en maintenant la propreté des serres, nous sommes en mesure de cultiver des aliments sains et nutritifs. Plus précisément nous relâchons des insectes bénéfiques dans les serres pour combattre des insectes ravageurs. Les coccinelles, par exemple, sont introduites dans les serres pour aider à limiter les populations de pucerons qui endommagent les plants en se nourrissant de leur sève. Nous utilisons plusieurs types d’insectes pour en combattre de nombreux autres et nous avons développé un logiciel de lutte biologique nous permettant d’assurer que nos produits sont sains et délicieux. »

cof

La question que je me suis posée comme la plupart des gens est : est-ce que c’est bio? Les Fermes Lufa ne se cachent pas du fait qu’ils n’ont pas la certification biologique et ils expliquent pourquoi : celle-ci ne s’applique qu’aux cultures en sol.

« Nous avons opté pour l’hydroponie bien que les méthodes ne soient pas éligibles à la certification biologique et nous avons fait ce choix pour minimiser notre impact sur l’environnement. Certains des nutriments employés (par exemple le fer, le potassium, etc.) proviennent de mines. Une des raisons pour lesquelles les méthodes hydroponiques ne sont pas éligibles à la certification biologique au Canada c’est quelles nécessitent des nutriments extraits de mines et qui sont non-renouvelables. Par contre, notre capacité à recirculer les eaux d’irrigation nous permet de réduire jusqu’à 90% (par rapport à un système hydroponique standard) notre consommation de nutriments. En utilisant l’irrigation au goutte à goutte et d’autres méthodes hydroponiques, nous avons créé une système d’irrigation fermé qui permet la culture de légumes hautement nutritifs et incroyablement savoureux tout au long de l’année, et ce, en gardant la consommation d’eau et de nutriments à un minimum. »

En résumé, c’est quand même bien meilleur pour la santé que des tomates sans goût bourrées de pesticides…

Mais si ça pousse en ville c’est pollué, non? Évidemment, les serres sont étanches. Sinon quel intérêt de développer un système qui ne perd pas les énergies?

Info en + : les commandes sont récoltées à minuit le jour de la livraison, pour en garantir la fraîcheur. Et la logique d’économie est poussée jusqu’au bout : comme il fait noir à minuit, les employés s’éclairent à la lampe frontale pour la cueillette! Si ça ce n’est pas du dévouement dans le respect de ses valeurs…

 

Le commerce :

Le mode de commercialisation proposé par les Fermes Lufa a pour but la réduction du gâchis alimentaire. Leur principe est qu’ils ne cueillent jamais un végétal qui n’a pas été déjà commandé et acheté.

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Ils expliquent qu’un légume gâché équivaut également à un gâchis en eau, en énergie et en travail pour le faire pousser. Ce n’est donc pas seulement un aliment que l’on perd.

Les Fermes Lufa proposent toutes leurs productions à la vente, y compris les fruits et légumes dits « moches » – vous savez, ceux qui n’ont pas la forme ni la couleur que l’on essaie de nous faire croire comme étant normaux. J’aime vraiment le fait qu’ils en fassent la promotion, ainsi que de la pédagogie via leur blog (https://montreal.lufa.com/fr/blogue).

Si certains de leurs plants sont trop abîmés pour être vendus directement au consommateur, ils ne sont pas jetés mais revendus à leurs partenaires, des producteurs locaux dont les produits sont également proposés dans les paniers des Fermes Lufa. Par exemple : un citron abîmé va servir à un traiteur libanais biologique de Montréal qui va en utiliser le jus dans ses recettes (quand je vous dit que tout est bien pensé!).

Le mode de commercialisation proposé par les Fermes Lufa est le suivant : chaque semaine, on personnalise son panier que l’on vient récupérer dans un point relais près de chez soi. Le réseau est vraiment très bien développé et continue de s’élargir. Dans son panier, on peut sélectionner des produits qui ont poussé dans la serre mais également de très nombreux produits de partenaires sélectionnés pas les Fermes Lufa selon leurs critères, à savoir : des productions locales, biologiques, commerce équitable, etc. On peut donc acheter du pain, des produits laitiers, de la viande, des plats cuisinés et plus.

Et les prix? Au fur et à mesure de l’augmentation de leur clientèle, ils arrivent à faire baisser les prix. Aujourd’hui, leurs analyses révèlent qu’ils proposent des prix équivalent voire légèrement moins cher que des produits proposés dans des épiceries biologiques.

Certains fruits et légumes très demandés (comme les agrumes et les bananes) ne peuvent pas être cultivés dans les serres Montréal. Pour répondre à cette demande, les Fermes Lufa vont donc rechercher le partenaire le plus proche géographiquement répondant aux mêmes critères éthiques. Le but est de garantir le respect de leurs valeurs tout en diminuant au maximum la pollution par les transports.

 

Le transport :

Enfin, le mode d’acheminement des paniers des Fermes Lufa est réfléchi pour réduire au maximum la pollution. Un nombre minimum de camions est mobilisé et les paniers ne sont livrés que deux jours dans la semaine aux points de collectes (et récupérables à tout moment ensuite). Le trajet fait par les camions est étudié pour que chaque camion ait le moins de distance à parcourir.

Le but d’avoir un réseau de relais aussi dense est que les consommateurs n’aient pas besoin de prendre leur voiture pour faire leurs courses. En effet, si une douzaine de camions arrive en une journée à acheminer des paniers pour des centaines de foyers, la différence de véhicules en circulation est grande!

En cas d’impossibilité pour le consommateur d’aller chercher son panier, il peut demander à être livré chez lui moyennant un coût supplémentaire et le panier lui est amené en voiture électrique.

Enfin, pour emporter sa commande, les Fermes Lufa donnent à la première commande un sac réutilisable. Ceux qui se sont inscrit à la fin de la visite (dont moi) ont pu repartir avec leur sac, rempli d’oranges! Et maintenant, je n’ai plus qu’à attendre mon premier panier la semaine prochaine.

cof

 

 

Quelques infos en plus :

  • Tu es à Montréal et tu veux t’abonner? Envoie moi un message sur le blog (rubrique contact), je peux te parrainer et on économise chacun 10$ sur la prochaine commande 🙂
  • Pourquoi « Lufa »? Le nom fait référence à l’histoire de Mohamed Hage, co-fondateur des Fermes Lufa avec sa compagne. Dans son village d’origine au Liban, les « luffas » sont des légumes (sorte de concombres) qui poussent comme des plantes grimpantes sur les maisons et notamment les toits, permettant de rafraîchir l’intérieur des maisons.
  • Et en France? Paris parlait d’un projet similaire en 2016, le projet devrait voir le jour en 2018 d’après ce que j’ai vu ici : https://www.toittoutvert.fr/

 

3 commentaires sur “Des fraises en hiver

    1. Ça n’est pas ouvert au public habituellement (question d’organisation et d’hygiène notamment), c’était la première fois qu’ils proposaient une journée portes ouvertes. Ça a eu du succès donc peut être que vous aurez la chance d’en avoir une quand vous viendrez 🙂

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