Les sexes égaux

J’écris cet article aujourd’hui pour vous parler de mon nouveau projet. Avant de vous le présenter, je vous propose de commencer par regarder cela.

Peut-être aviez-vous déjà vu ce reportage car il a été diffusé il y a seulement un an au journal télévisé de France 2. Il avait d’ailleurs été beaucoup critiqué à ce moment-là.

Bien que les stages dont il est question soient proposés dans un cadre catholique à des hommes catholiques et que la société française soit laïque, la vision de la masculinité présentée ici est malheureusement celle qui domine encore dans la société française ainsi que de nombreuses autres (pour ainsi dire, la majorité).

Seulement voilà, le fait est que ce modèle de masculinité n’est pas imposé par La Société mais par une partie de la société, à savoir majoritairement des hommes. Je précise bien « majoritairement » car certaines femmes valident ce modèle. Et bien sûr tous les hommes ne l’approuvent pas, ce qui est un point très important aussi.

Si je prends l’exemple de ce reportage pour vous expliquer mon projet et la raison de sa création, c’est parce qu’il met en lumière une des problématiques que je souhaite aborder. Je vais commencer par citer quelques passages du reportage pour vous l’expliquer:

0″06 – « La question peut sembler artificielle »

Elle ne l’est absolument pas à mon sens. Elle est même, au contraire, fondamentale.

0″10 – « la fin du patriarcat »

Je préciserais: la fin « officielle » du patriarcat.

1″01 – « Beaucoup de mes amis disent être un homme c’est être fort, c’est s’affirmer et moi je me reconnais pas tout le temps là-dessus (…) »

Ce jeune homme est loin d’être le seul à ressentir cela et j’en fais de plus en plus le constat, à mesure que j’en parle avec des hommes autour de moi. Malheureusement, cette personne sera tombée sur un stage qui lui aura une fois de plus rabâché ces clichés qu’il évoque.

1″29 – « Pour les organisateurs, être un homme c’est être viril »

Quel dommage, cette vision si réductrice des hommes. Les quelques témoignages présentés juste avant cette phrase commençaient pourtant à montrer que les participants au stage ressentent au fond d’eux que la place de l’homme dans la société pourrait être plus complexe que cela. En tout cas, ils se posent la question, vu leur démarche de rejoindre ce stage. On nous propose ici une vision simpl(ist)e, basique. En fait, totalement incomplète voire fausse. Et je précise ici que j’ai bien conscience que cette synthèse journalistique du message transmis par les organisateurs est possiblement réductrice, mais voyons la suite.

1″56 – « Parce que je crois que l’homme aime bien mesurer sa force »

Certains hommes, sans aucun doute. La plupart, très certainement aussi. La totalité (induite dans la formulation « l’homme » pour parler des hommes), je ne pense pas. Est-ce que mesurer sa force entre mecs me pose un problème? Tant qu’il n’y a pas de malveillance, que personne n’est blessé et n’en souffre, absolument pas. Mais en voyant cela, en tant que femme, je me demande ce que doit en penser un homme qui n’aime pas montrer ses muscles et pousser des voitures en imitant des cris d’animaux. Se sent-il anormal? Défectueux?

2″30 – « On cherche à être homme, à agir en tant que tel de manière masculine »

C’est là que l’on touche au coeur du problème: que signifie « agir de manière masculine »? Que signifie « être homme »? Est-ce nécessairement associé? Est-ce universel, culturel, social?

[Je passe ensuite sur le discours traditionaliste, archaïque et patriarcal (et oui, il est toujours là vous voyez, le patriarcat) sur les rôles des hommes et des femmes ainsi que les témoignages des messieurs raides et qui apprennent le vélo (je peux moi aussi faire des caricatures)]

4″26 [discours de Samuel]

On retrouve ce jeune homme qui au début du reportage livrait qu’il avait du mal à se reconnaître dans l’image traditionnelle viriliste de l’homme. Quelques jours après, il semble pourtant avoir adopté un discours qui colle à cette idée, ce qui parait incohérent avec ses premiers ressentis (qui n’ont pas pu disparaître au bout de 4 jours, si?). On dirait qu’il a perdu sa liberté. On n’échappe même pas au cliché de l’homme qui monte des meubles… J’ai ri nerveusement… de gêne, de malaise, de colère un peu aussi. Pas contre ce jeune homme, contre ce qu’on semblerait lui avoir mis dans le crâne.

Maintenant que je vous ai montré cela, vous comprenez ce qui me pose problème. Les hommes peuvent prendre une place dans la société qui ne correspond pas à la personne qu’ils sont, individuellement, dans leur complexité. Par répercussion, cela a des effets sur les femmes et la place de ces dernières dans la même société.

Si vous avez lu les autres articles de mon blog, vous avez certainement compris que je souhaite et revendique l’égalité des droits, des opportunités et de la liberté entre les femmes et les hommes. En cela, je me considère comme féministe. Pour moi, le féminisme n’est pas un problème de femme. C’est un problème de société.

La liberté est une notion extrêmement importante pour moi. Peu importe le sexe avec lequel nous naissons: il peut dans certains cas ne pas correspondre avec qui nous sommes, et si, comme dans la majorité des cas, il nous correspond, il est pour autant possible qu’en tant qu’individu, nous ne nous retrouvions pas dans les critères que «La Société» y associe, ou à tout le moins pas entièrement. Une fille peut aimer porter des robes et il n’est pas question de l’en empêcher dans ce cas. Mais elle peut aussi ne pas aimer cela. A l’inverse, un garçon pourrait avoir envie d’en porter. Quand notre personnalité n’est pas en accord avec la « norme », il y a deux issues. Soit nous décidons nous y conformer malgré tout et alors nous ne sommes plus libres. Soit nous choisissons la liberté et elle peut être source d’énormes souffrances. Et cela touche aussi bien les hommes que les femmes.

Je ne dis pas que les hommes et les femmes ont les mêmes souffrances. Je ne hiérarchise pas les souffrances des uns par rapport à celles des autres. Je ne parle pas de statistiques entre le nombre de femmes et le nombre d’hommes qui souffrent de ne pas rentrer dans les schémas qu’on leur impose. Je dis simplement que les deux sexes sont susceptibles de souffrir de ne pas entrer dans une case.

Souvent, les parents et amis ne vont pas encourager la différence de leurs enfants ou de leurs proches, de peur qu’ils en souffrent. C’est très beau de vouloir protéger ceux que l’on aime, évidemment (et je ne suis pas mère donc je ne porte absolument aucun jugement). Je pense juste, rationnellement, que si la peur domine à chaque fois, il n’y aura pas de progrès. C’est comme pour le féminisme. Le féminisme a lieu d’être aujourd’hui car si aucune force ne s’oppose au modèle dominant, le groupe des dominés reste à sa place.

Pour vaincre la peur et retrouver sa liberté, la parole et les mots ont un pouvoir incroyable (comme pour instaurer l’une et empêcher l’autre d’ailleurs). En cherchant à comprendre et à expliquer, on déconstruit ses propres schémas, ceux que l’on a dans la tête depuis l’enfance pour la plupart et que l’on applique inconsciemment. Parler, écouter et dialoguer permet de se mettre à la place des autres, de développer de l’empathie et de la tolérance.

Voilà donc ce qui motive mon nouveau projet. Je vais lancer un podcast qui va parler de féminisme et de masculinité, de ce que peut signifier « être un homme » et « être une femme ». Je vais interviewer des personnes des deux sexes qui vont partager leurs expériences et m’expliquer ce qu’ils et elles mettent derrière ces mots et ces concepts. Je ne cherche pas à amener mes invités à démontrer ma vision, mon interprétation. Je cherche juste à permettre à des gens d’exposer leurs propres points de vue. Je ne prêche aucune parole, je souhaite juste que l’on parle et que l’on s’écoute.

cof

J’espère que ces témoignages nous permettrons (moi y compris!) de nous (re)poser ces questions et peut-être de nous sentir moins seul(e)s en entendant que nous sommes finalement bien nombreux à ne pas souhaiter nous limiter à ces modèles que l’on nous impose et que nous n’avons pas choisis.

Les interviews ont déjà commencé et je vous préviendrai dès leur mise en ligne.

Une dernière chose: mon but est de recueillir des témoignages de personnes avec un maximum de diversité en termes d’âge, de culture, de croyance, etc. Par conséquent, si vous souhaitez vous exprimer à ce sujet ou connaissez des personnes qui aimeraient en parler, n’hésitez surtout pas à m’écrire! C’est pour cela que j’ai tenu à vous expliquer mon idée de façon un peu longue et détaillée.

Je ne suis heureusement pas la première à vouloir aborder ces questions; si ça vous intéresse n’hésitez pas à aller voir et écouter ce qui se fait déjà (je pense notamment à The Boys Club sur la masculinité ou La Poudre sur le féminisme, parmi tant d’autres).

A bientôt,

Marie

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