Regards croisés sur le féminisme

Il y a un peu plus d’une semaine, j’ai eu la chance de participer à une discussion organisée par The Woman Power (une plateforme créée à Montréal qui développe de supers projets que tu peux retrouver ici) autour du thème « Ton féminisme ». Avec une quinzaine de femmes, nous avons échangé sur ce sujet pendant deux heures et ce partage, très bienveillant et constructif, m’a apporté des pistes de réflexions qui mûrissent dans ma tête depuis plusieurs jours. J’avais envie de vous les partager.

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crédit: Tyra Maria Trono pour The Woman Power 

Oppresseur, opprimé ou les deux?

Cette question n’est pas un thème de menus du Burger Quiz (#equipeketchup).

Au cours de la discussion, une des femmes a soulevé cette question. Il est facile de s’identifier comme un ou une opprimé.e., surtout lorsque l’on fait partie d’une minorité visible et reconnue (une femme, une personne de couleur, une personne handicapée, les trois à la fois…). Cependant, nous ne sommes pas « une personne opprimée ». Cela ne nous définit pas. Nous sommes opprimé.e.(s) dans un contexte particulier. Cela signifie donc que, dans un autre contexte, nous pourrions être… l’oppresseur. Et là, c’est tout de suite beaucoup plus difficile à identifier mais surtout à assumer. Un exemple: une femme qui se sent féministe et qui a déjà ressenti des pressions d’un homme a peut-être dans une autre situation, consciemment ou non, pris une position de supériorité face à une autre femme en raison de son origine, sa religion, son identité sexuelle ou autre. Cela donne à réfléchir et ce sujet n’est pas aisé car lorsque l’on se pose cette question, immédiatement notre égo prend position et trouve toutes sortes de justifications pour nous prouver que « non, nous n’avons jamais opprimé parce que nous sommes une bonne personne ».

Soyons honnête, c’est impossible que nous n’ayons jamais blessé quelqu’un. La question n’est pas de savoir si nous sommes une bonne ou une mauvaise personne mais plutôt d’arriver à détecter avec honnêteté les moments ou nous avons, sûrement malgré nous, pris une position que nous refusons par ailleurs de subir dans une autre situation.

 

Chacune sa réalité

Nous avons beaucoup parlé d’intersectionalité lors de cet échange (inter quoi?): il s’agit de prendre en compte les différentes « identités » qui composent une personne (parmi lesquelles notamment: la couleur de peau, le pays d’origine, la religion, les croyances, l’identité sexuelle, le handicap) pour définir non pas un mais des féminismes.

Nous sommes rapidement arrivées à la conclusion qu’il est difficile pour une femme blanche de se considérer comme afro-féministe par exemple. Non ne riez pas, je ne vais pas m’arrêter à cette constatation.

Cependant, partant de ce postulat, cela veut-il pour autant dire que l’on ne peut pas soutenir l’afro-féminisme? Soutenir nos sœurs homosexuelles quand nous sommes nous-mêmes hétéros? Soutenir les latinos quand nous sommes asiatiques? Une des participantes a eu un discours qui m’a touchée et que je résumerais ainsi: nous avons tou.te.s notre propre réalité. On ne peut pas parler de la réalité de quelqu’un d’autre avec autant de justesse que le ferait cette personne là. Néanmoins, il est extrêmement important que nous puissions mettre en oeuvre tout ce qui est en notre pouvoir pour aider nos sœurs à s’exprimer, à se défendre, à s’assumer, en leur apportant du soutient moral, un espace de parole, ou toute autre forme d’appui.

 

La division est-elle une force ou une faiblesse?

Cette question nous a été posée par une des organisatrices de cette discussion, notamment après que nous ayons abordé la question de l’intersectionalité. Il y a donc plusieurs formes de féminismes, plusieurs groupes, ce qui créé de la division entre les femmes. Mais est-ce un handicap d’être divisées?

Une des participantes a réagi à cette question en disant qu’il fallait arrêter de systématiquement envisager la division comme quelque chose de négatif. Nous pouvons être divisées sans pour autant être ennemies, revendiquer nos différences mais soutenir celles des autres.

C’est tellement évident. Voulons-nous vivre dans une société où nous sommes tous et toutes les mêmes personnes? Souhaitons-nous un monde fade et uniforme? A cette question, je répond clairement non. Cela a fait écho au discours de S., la troisième invitée de mon podcast Bleu Bonbon, qui est extrêmement agacée par les personnes qui voudraient transformer des femmes en hommes pour accéder à l’égalité. C’est un peu caricatural mais je rejoins totalement ce point: l’égalité ne sera réussie à mon sens que si elle respecte les différences de chacun.

Et cette réflexion a également fait un pont dans ma tête avec une autre discussion que j’ai eu il y a quelques temps au sein de l’association Exeko dans laquelle je suis bénévole: pour aider les personnes marginalisées que nous soutenons, il est souhaitable de favoriser l’inclusion sociale plutôt que l’intégration, car la première vise à donner sa place à une personne dans son entièreté, sans chercher à la changer pour qu’elle rentre dans un moule.

 

Se sentir en minorité nous fait nous sentir humble

Lorsque l’on est, comme moi, une femme blanche, occidentale, valide et hétérosexuelle, on a quand même rarement l’occasion de se sentir en minorité. Je suis donc une privilégiée. J’en suis consciente depuis très longtemps (je me souviens que même très petite je me sentais parfois mal d’avoir « plus de chance que les autres »).

Une chose est d’en être consciente (c‘est déjà pas mal pourriez vous me dire car certain.e.s ne le réalisent même pas), une autre est d’expérimenter d’être « de l’autre côté de la barrière ». C’est un point qui a été soulevé par une autre femme, blanche elle aussi, qui a expliqué avec beaucoup de sincérité que lorsqu’elle s’était retrouvée – notamment lors de cette discussion où la majorité des femmes étaient noires – dans une situation où elle était en minorité, elle avait senti au début un léger malaise. Cette sensation a été rapidement dissipée en sentant la bienveillance du lieu mais elle a laissé une empreinte: cette femme a dit avoir eu besoin de ne pas s’exprimer tout de suite, pas avant d’avoir écouté les autres et d’apprendre de ces personnes et de la situation.

J’ai trouvé cela super qu’elle partage ce ressenti car il est essentiel d’apprendre à se remettre à sa place par rapport à un groupe. Apprendre à écouter vraiment est essentiel, plutôt que de faire semblant en attendant simplement le moment où l’on va pouvoir enfin donner son avis. Et il est vrai que lorsqu’on se sent en force, on n’a pas peur de s’exprimer, on ne pense pas vraiment à la façon dont l’autre pourrait recevoir notre discours. Quand une situation nous fait réfléchir clairement à notre place par rapport aux autres, je trouve effectivement que l’on écoute plus et mieux, que cela nous rend humble.

 

 

 

2 réflexions sur “Regards croisés sur le féminisme

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