Lettre à mon corps

Cher toi,

Je t’écris une lettre aujourd’hui pour la première fois.

C’est étrange, cela ne me semble pas bizarre de t’écrire une lettre que je ne t’enverrai pas mais que tu liras quand même.

Aujourd’hui et depuis un certain temps, je ne t’ignore plus. Au contraire, je ressens à quel point tu es là. Je te regarde et je te sens.

Je vis de plus en plus avec toi. On a arrêté de s’ignorer. Enfin, j’ai arrêté de t’ignorer parce que toi, tu as toujours été là pour moi. Tu as toujours bien fonctionné. Tu as grandi en prenant ton temps mais finalement, tu as fait de moi une grande fille. Au sens propre. Tu es en bonne santé, je ne suis presque jamais malade. Je ne me souviens même pas de la dernière fois que je l’ai été. Ça devait être en voyage. J’ai dû être imprudente et te faire subir quelque chose que tu n’as pas apprécié. Pardon. Mais tu me l’as sûrement bien rendu.

Plusieurs fois, tu as subi de mauvaises expériences à cause de moi, comme la fois où j’ai fait une chute et que je me suis fracturé le pied. Mais ce n’était pas de ma faute. Ou celle où j’ai sauté dans un lac sans savoir qu’il n’y avait aucune profondeur et que j’ai fini en béquilles. Là, c’était de ma faute…

En tout cas, j’essaie maintenant de prendre plus soin de toi. Je bois plus raisonnablement qu’avant, je sais que tu t’en rends compte et que tu l’apprécies. Tu n’aimes pas quand je bois trop en soirée hein… Tu gémis le lendemain. Je fais du sport, du yoga et la plupart du temps, je mange bien. Pour tout ça, j’ai compris que tu me remerciais. Peut-être que tu me pardonnes plus facilement les moments où je prend des décisions sans te consulter. Je sais qu’elles ne sont pas toujours bonnes pour toi mais comme tu es vraiment sympa, tu me suis toujours sans trop te plaindre (à l’avance du moins).

J’ai arrêté d’essayer de contrôler ton apparence.

Je t’ai dit que je n’avais pas été malade depuis longtemps mais en réalité, ce n’est pas totalement vrai. Tu continuais de bien fonctionner mais je t’ai quand même fait subir un contrôle alimentaire que tu n’avais pas choisi. Le cerveau avait pris le dessus. Je l’ai laissé faire parce que je ne m’en suis pas rendu compte. Petit à petit, il a prit les rennes et c’était tellement subtile que je n’ai rien fait pour l’en empêcher. Je regardais ailleurs. Je n’étais pas en mauvaise santé mais ce n’était pas sain non plus. Je t’ai fait perdre des kilos que tu aurais certainement préféré garder. Pardon. Je t’ai privé de certaines choses que tu aurais aimé manger. Pardon. Mais tu as remarqué, c’est fini. Maintenant je te donne ce que tu veux et quand je te les refuse, c’est pour les bonnes raisons. On retravaille en équipe maintenant.

Avant, je te regardais peu et je voyais surtout ce que je n’aimais pas en toi. Notamment ce nez, que j’ai toujours détesté. Il va bien aux autres membres de ma famille qui ont le même modèle mais sur toi… C’est une erreur. Il est trop grand, trop présent, trop… existant. Je ne peux pas me cacher avec ça. Il ne va pas avec la tête qui est trop petite. Tu as des choses trop grandes et d’autres trop petites, il y un manque d’équilibre, une colonne vertébrale qui ressort trop. Voilà ce que je t’ai dit, redit, encore et encore. Tu l’as beaucoup entendu ce discours, hein.

Toi, mon corps, je t’ai vu changer. Je n’ai pas eu d’autre choix que de le voir. Tu es un corps de femme alors, tu as changé comme tous les corps de femmes. Il y a eu les règles, que j’ai plutôt bien accueillies. J’ai découvert que j’avais un utérus et ce que cela impliquait. J’ai attendu mes seins, ils sont arrivés timidement mais ne se sont pas imposés. Ils sont restés près de l’entrée, assis tranquillement sur une petite chaise sans oser se lancer sur la piste de danse. Ils sont restés sur la réserve. Je leur en ai voulu pendant longtemps. Puis je les ai acceptés. Maintenant je les aime. On en a fait du chemin.

Aujourd’hui, je te regarde plus qu’avant. Parfois je ne t’aime pas. Parfois, ton reflet me donne envie de pleurer. Mais c’est très rare et c’est en fait ma tête qui parle, ça n’est pas toi. Ça n’est pas de ta faute. Je vais arrêter de te blâmer, j’ai compris.

Tu n’es pas très fort en technique de camouflage. Je veux dire, pour cacher ce qu’il y a à l’intérieur. Mais oui tu sais, les yeux qui pétillent, les larmes qui montent, et les plaques de rougeur sur tout le corps quand je suis émotive.

Je ne sais pas comment j’ai pu oublier de te le dire avant, quand je parlais de mes complexes. Mais en fait c’était ça mon plus gros complexe, plus que mon nez. Cette couleur. Ce rouge. Cette marque évidente de ma vulnérabilité et tous les commentaires que ça a attiré. Car les gens avaient leur mot à dire. Ils ont toujours un mot à dire mais je ne les écoute plus. A cause de ça, tu m’a gâché la vie pendant longtemps. Cette peau si blanche qui peut virer au rouge en un quart de seconde. A cause de toi, je ne parlais pas.

Pardon. Je recommence à te parler comme avant, à t’accuser. Ce sont les émotions qui remontent. Ce n’est pas à cause de toi. Tu n’as pas choisi d’être comme cela.

En tout cas, on peut dire qu’avec toi, je ressens les choses. Fort, très fort.

Je ne vais pas parler de ma tête, de ce cerveau qui carbure parfois si longtemps qu’il m’empêche de dormir.

Parlons des nausées. Oh oui, ça, tu ne m’a jamais épargnée. Petite, impossible de faire un trajet en voiture sans que ça finisse en drame. Aujourd’hui, les trajets sur le sol sont sereins, mais il n’en est pas de même sur la mer, en bateau. D’accord, ce n’est pas si contraignant car je n’ai pas prévu de vivre sur l’eau. Soit.

Certaines nausées, je ne peux pas te les reprocher. Les lendemains de soirées. Les orgies de bouffe entre amis ou en famille. Le saut en parachute ou encore les montagnes russes. A chaque fois, je sais qu’il y a un risque, j’en assume la responsabilité.

Mais par contre, quand je suis émotive… Est-ce que tu pourrais me rendre ça un peu moins intense, s’il te plait? Il y a le stress, la pression avant un événement important, une prise de parole en public, une représentation, une rencontre importante. Cela ne m’aide pas d’avoir envie de vomir. Vraiment pas. Ça serait cool que tu m’aide un peu sur ce coup.

Et puis, quand je suis amoureuse. Ou même avant ça, juste très attirée par quelqu’un. Là, tu m’expliques ce qui se passe? Tout le monde parle de « papillons dans le ventre ». Ça a l’air cool. Ça sonne comme quelque chose de doux, agréable, léger. Moi, ce n’est pas du tout ça que je ressens. J’ai le ventre qui se tord, une nausée continue comme si je traversais l’Atlantique en m’agrippant à un radeau de fortune. Et tu sais que j’ai le mal de mer!

Et puis ce n’est pas juste un « mal de cœur ». Toi mon cœur, tu es vraiment très pote avec mon ventre. Ça, je l’ai bien compris. Tous les deux, quand vous avez décidé de vous y mettre, vous êtes bras-dessus bras-dessous. On dirait que vous vous liguez contre mon cerveau, genre, quand ça n’est vraiment pas le moment. Ok, je sais que le cerveau ne vous a pas toujours bien traités, mais là… Pourriez-vous me rendre ça plus facile? Promis, je ne vous négligerai plus, mon cœur et mon ventre. Je ferai attention à vous. On peut faire équipe alors?

Je sens que cette simple lettre ne va pas suffire mais, on en reparlera.

Cher corps, comme je te l’ai dit, je vais continuer à prendre soin de toi, à te regarder avec un œil plus bienveillant et à t’adresser de la gentillesse et de l’amour.

En plus, tu me laisses faire plein de choses pour m’exprimer. Mes cheveux, je vous en ai fait voir de toutes les couleurs. Enfin, je ne me suis jamais lancée dans des teintes très fantaisistes et je n’ai toujours pas osé vous couper très court. Ça, c’est à cause de toi mon nez. Je ne t’aime toujours pas assez pour assumer cette coupe. Puis il y a les fringues et le maquillage. C’est tellement cool de pouvoir mettre tout plein de choses sur toi, changer de style selon mes humeurs et mes envies. Parfois, je te laisse brut. Je te fous la paix. Parfois, je veux te mettre en valeur car je t’aime et que j’ai envie de le montrer.

Et puis il y a les tatouages. Je ne grave sur toi que des choses que j’aime, comme des cadeaux. Je t’offre de belles pensées et des messages que je veux que tu portes toujours avec toi. Je te fais cadeau de dessins que j’ai fait. C’est une preuve d’amour envers toi, ces tatouages. Je ne cherche pas à te cacher, au contraire. Je cherche à t’honorer par ces gestes. Je confie alors une partie de toi aux mains expertes d’artistes, auxquels j’accorde ma confiance, le temps de quelques minutes.

Ces moments où je te tatoue ne sont pas les seules fois où j’accorde à quelqu’un d’autre de la confiance pour pouvoir te partager. Non pas t’offrir, car tu es à moi et je ne te donnerai jamais à personne. Mais parfois, je te partage. Tu aimes ça, ça te fait du bien. Dans ces moments là il y a enfin une harmonie entre le cœur, le ventre et le cerveau. Et franchement, ça me fait du bien quand vous êtes en accord tous les trois.

Donc merci pour ça, merci pour cette harmonie que j’arrive parfois à trouver dans ma vie grâce à toi. Car quand je la trouve, c’est le plus grand bonheur qui soit.

Merci pour toutes ces petites choses que j’ai toujours aimées, même quand je rejetais une partie de toi: mes yeux, mes jambes, mes épaules, mon cou, mes grains de beauté préférés. Merci pour celles que j’ai fini par aimer, pour celles qui ont changé et sont les marques de ma féminité, que j’aime telles qu’elles sont car je suis heureuse d’être une femme et de vivre cela à travers toi. J’espère être à la hauteur vis-à-vis de ce qu’il me reste encore à aimer. Je m’en veux un peu car toi, tu ne m’as jamais questionnée et moi parfois, je te juge.

J’espère que l’on se parlera plus souvent désormais.

A bientôt,

Marie

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