Dans la brume de la féminité

Plus je réfléchis, travaille, écris, parle, écoute au sujet de la féminité – ainsi que son pendant masculin qu’est la masculinité – moins je semble saisir de quoi il s’agit.

A chaque fois que je tente de la définir, je me dis « oui, mais on pourrait tout aussi bien dire cela de la masculinité ». Ces concepts sont de plus en plus flous, incompréhensibles voire insignifiants pour moi.

Les seules différences immuables que j’arrive à percevoir entre les hommes et les femmes sont d’ordre biologique, physique voire énergétique (encore que sur ce dernier point, il faudrait que je précise ce que j’entends par cela mais ce serait l’objet d’un tout autre article). Le reste me semble uniquement social et donc, modifiable.

Si vous suivez mon travail avec Bleu Bonbon, vous savez que la féminité est un des sujets principaux de mon podcast, dont je parle avec des femmes mais aussi des hommes. C’est parce que c’est complexe que ça me passionne.

Donc, quand j’ai appris que The Woman Power organisait un nouveau Sisterhood (une discussion bienveillante entre femmes) sur le thème de la féminité, je n’ai pas hésité une seconde à y aller. J’avais adoré leur précédent Sisterhood où l’on avait parlé de féminisme(s) (à propos duquel j’avais d’ailleurs rédigé cet article). J’ai pensé qu’il serait intéressant d’écouter ce que d’autres femmes avaient à en dire afin de savoir si j’étais la seule à être dans le brouillard.

Autant briser le suspens tout de suite: je n’ai pas « vu la lumière » suite à cette discussion et je me pose toujours les mêmes questions (voire plus). Cependant, c’était extrêmement intéressant de participer à ce melting-pot de nos idées, expériences et ressentis.

Et j’ai tout de même une certitude, dans la brume de mes idées: peu importe comment on définit la féminité, le danger est d’en avoir une définition trop étroite, et l’intérêt de cette notion est certainement le fait qu’elle nous fait parler, réfléchir et grandir.

Je voudrais maintenant partager avec vous quelques idées qui ont émergées au cours de cette soirée, ainsi que mes réflexions suite à cette belle discussion féminine.

 

L’image contient peut-être : 7 personnes, personnes souriantes, intérieur

Féminité et maternité: entre harmonie et injonctions

Parmi les femmes présentes au Sisterhood, deux d’entre elles sont mères. L’une nous a expliqué en quoi la maternité l’avait amenée dans une autre « dimension » de sa féminité: elle a atteint une nouvelle forme d’équilibre et d’harmonie dans sa vie de femme. C’était un magnifique témoignage qui nous a, je pense, toutes touchées.

Suite à son intervention ont émergé les questionnements que j’espérais et que j’attendais. Qu’en est-il des femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfants? Et de celles qui n’en veulent pas?

Ces deux cas de figure sont d’ailleurs à distinguer. Mais dans chacune de ces hypothèses, est-ce qu’on loupe quelque chose dans notre féminité? 

Je ne pourrais pas parler personnellement de stérilité car je ne sais pas ce qu’il en est pour moi. Néanmoins, j’imagine que si le désir d’enfant est présent, cela doit être extrêmement difficile à vivre. Mais s’il est absent au contraire, la situation est tout autre car l’absence de maternité est un choix.

Approchant la trentaine et la plupart de mes ami(e)s étant dans la même tranche d’âge, nous en parlons assez régulièrement. Notre constat est que la pression sociale est bien là, et ce pour les femmes comme pour les hommes (je tiens à le préciser car j’ai eu cette discussion avec des amis que l’on presse également à devenir papa).

Les pressions ne sont pas uniquement celles de l’entourage: certaines et certains s’inquiètent de ne pas avoir le ou la bon(ne) partenaire et/ou la vie « stable » qui répond à leurs critères, autant de raisons qui font que leur désir de parentalité ne peut s’envisager dans un futur proche. Mais ces pressions personnelles sont souvent alimentées et amplifiées par l’entourage qui en rajoute une couche à base d’ « horloge biologique qui tourne » et de « tu auras moins d’énergie plus tard pour élever tes enfants » i tutti quanti (dans mon cas, ma famille n’est pas oppressante à ce propos et je les remercie – bisous à vous si vous me lisez!).

Mais si on ne veut pas d’enfant, comment on l’assume en société? 

Personnellement, je ne suis pas sûre de vouloir être mère. Cela peut changer; néanmoins je suis quasiment certaine que la grossesse n’est pas quelque chose que je voudrais vivre. J’ai déjà un petit objet en cuivre dans mon utérus et honnêtement, rien que ça et ce que ça engendre, ça m’y fait réfléchir. Des douleurs intenses, des contractions, des dérèglements hormonaux pendant des longues périodes, j’en ai vécu, ce qui fait que j’ai aujourd’hui une vraie peur de l’accouchement et de la dépression post-partum (comme toute forme de dépression mais c’est une autre histoire). Pourquoi voudrais-je subir cela quand je pourrais adopter? 

Je sais que plein de jeunes femmes de mon entourage rêvent de ce jour où elles auront un petit être dans leur ventre, de se sentir changer, de créer une connexion avec leur enfant et je le comprends, je trouve même cela très beau. Mais ne désirant pas cette expérience (pour le moment?), j’ai pu parfois me demander si j’étais anormale.

En tout cas, sans m’étaler plus que cela sur ma propre expérience, je pense qu’au moins deux questions peuvent se poser pour les femmes qui ne désirent pas d’enfants:

  • Est-ce que l’on manque quelque chose dans sa vie de femme et dans l’expérience de sa féminité si l’on ne passe pas le cap de la grossesse et de la maternité, par choix ou par défaut?
  • Comment être épanouie dans sa vie de femme quand on ressent de la pression face aux injonctions sociales et familiales liées à notre absence de désir d’enfant?

 

Je finirai simplement sur le fait que je reconnais que j’ai une chance immense de pouvoir me poser ce genre de questions. De très nombreuses femmes sur cette planète n’ont simplement pas de choix. Elles sont mariées sous la contrainte, forcées au devoir conjugal (oui, donc violées quoi), d’autres n’ont pas le droit d’avorter, parfois après des viols justement. Autant de raisons dramatiques qui les poussent à être mères sans le vouloir. Les pressions que j’ai évoquées juste avant sont donc évidement à mettre en perspective avec cela.

 

La féminité toxique, ça existe?

En voilà une bonne question!

En effet, on parle aujourd’hui beaucoup de la masculinité toxique (en gros, les comportements masculins machistes, sexistes, parfois abusifs qui nuisent aux femmes, aux hommes et donc aux relations entre les sexes), mais y a-t-il un pendant féminin? La masculinité a-t-elle le monopole de la toxicité?

On s’est posé la question et on s’est rapidement dit que oui, la féminité toxique existe. Après tout, il n’y a pas de raison. Mais alors en quoi cela pourrait consister?

Plusieurs idées sont sorties de notre discussion:

  • La compétition excessive entre femmes

La compétition en soi n’est pas une mauvaise chose, au contraire, elle nous aide à nous dépasser et à grandir. Mais il faut bien comprendre pourquoi et face à qui on entre en compétition.

Si vous êtes une femme, vous avez certainement déjà vécu une ou plusieurs situations dans lesquelles vous vous êtes sentie manipulée ou écrasée par d’autres femmes. Cela existe également entre les hommes bien sûr (on en a d’ailleurs beaucoup parlé avec Thomas dans l’épisode 8 du podcast). La compétition entre femmes, pour une opportunité, une promotion, un homme qui nous intéresse ou autre, peut-être rude car elle est souvent vicieuse.

En tant que femme, on a vite intégré que dans certaines situations, il allait falloir se battre (plus que les hommes) pour ce que l’on veut. C’est une bonne chose d’apprendre à se défendre mais dans le combat, on oublie parfois que les autres femmes ne sont pas censées être nos ennemies. On en oublie le cœur du problème: notre confiance en nous, qu’on ne nous a pas forcément appris à cultiver. Ces situations ne nous renforcent pas personnellement et créent un manque de sororité néfaste pour tout le monde.

  • L’appropriation des enjeux féministes

Si vous êtes intéressé(e)s par les enjeux féministes et que vous en parlez avec des personnes qui ne vivent pas les mêmes réalités que vous (sociales, économiques, religieuses, ethniques ou autres), vous avez probablement déjà entendu parler de cette problématique. Beaucoup de personnes, essentiellement des femmes, se plaignent – à mon sens à très juste titre – du fait qu’aujourd’hui, le féminisme est médiatisé comme un sujet de femmes blanches-riches-éduquées-judéo-chrétiennes-hétéro-valides. Encore pire, au nom d’une fausse ouverture d’esprit, certaines femmes vont s’approprier des codes, des discours, des actions d’autres femmes et parler en leur nom. Ce n’est pas forcément fait avec de mauvaises intentions mais c’est dangereux.

Cela créée beaucoup de division entre les femmes à une époque où nous aurions tout intérêt à être soudées.

Cette problématique est comparable à d’autres enjeux sociaux: il s’agit de chercher à entendre toutes les parties concernées et concilier des intérêts divergents.

Mais avant même de parler de contenter tout le monde, le problème est de reconnaître, quand on a la chance d’accéder à l’espace médiatique, que l’on est des privilégiées. On reproche aux hommes d’abuser de certains de leurs privilèges, ne tombons pas dans le piège de reproduire les mêmes erreurs. Le monde n’est pas binaire et « femme » n’est pas une catégorie homogène. Commençons par reconnaître les avantages de notre position, reconnaître les réalités des autres, écoutons-les, et autant qu’il nous l’est possible, donnons-leur la parole. Personne ne peut mieux parler d’une réalité que la personne qui en fait l’expérience. 

Une des femmes présente au Sisterhood a soulevé cette question du féminisme qui, tel qu’il est présenté aujourd’hui dans les médias, ne lui convient tellement pas qu’elle refuse d’y être associée. Elle nous a fait part de sa colère face au fait que le féminisme, de son point de vue, semble se limiter à des problématiques de « sexisme occidental » alors que des femmes souffrent et meurent chaque jour à cause de leur sexe sur d’autres continents. Sa rage, si bien exprimée, m’a profondément touchée.

Néanmoins, j’ajouterai quelque chose. Il me semble qu’il ne faut pas étouffer un combat et abandonner la défense de certaines femmes en raison du fait que d’autres souffrent plus (et je ne dis pas ici que c’était la conclusion du discours de cette femme, je déroule ici le fil de ma réflexion). Evidemment que certaines femmes souffrent infiniment plus que ce que l’on pourra jamais vivre dans notre société. Evidemment que l’on devrait faire bien plus pour les aider, et moi la première: je ne suis pas une donneuse de leçons. Cependant, je vois le danger d’utiliser l’argument du « il y a pire ailleurs » qui peut amener l’inertie (pour le féminisme, comme pour tout autre enjeu social). Un combat n’empêche pas l’autre. Se mobiliser, par exemple, contre les violences conjugales faites contre les femmes dans des pays riches est une lutte que l’on doit poursuivre. Mais effectivement, les femmes privilégiées ayant accès à l’espace médiatique devraient sans aucun doute utiliser leurs voix pour faire tourner les regards vers ces femmes qui subissent l’excision, le viol, les mariages forcées, toutes autres formes de tortures et même, sans aller jusqu’aux atteintes à l’intégrité physique, ne sont pas libres de travailler, de s’exprimer, de se déplacer, d’être dignes.

Ces deux points nous montrent que si l’on ne fait pas attention, nos comportements de femmes peuvent nuire aux autres et notamment, à nos sœurs. Soyons vigilantes et bienveillantes les unes avec les autres!

 

Après le « F word », le « V word »: peut-on parler librement de vagin?

En voilà une autre bonne question!

Je pense qu’on était toutes d’accord pour reconnaître que le sexe féminin est encore un tabou aujourd’hui. Comment se fait-il que dans notre société, on parle presque facilement de pénis mais que le mot vagin fasse encore peur à tout le monde?

L’une des participantes au Sisterhood, professeure de yoga, nous a parlé d’un problème auquel elle fait souvent face lorsqu’elle doit expliquer comment faire certaines postures en agissant sur la région du périné sans employer le mot « vagin », pour ne pas que ses élèves se sentent mal à l’aise. Alors que ses explications en seraient bien plus claires.

Certaines personnes (y compris nombre de femmes) associent le(ur) vagin à quelque chose de sale. C’est tellement absurde! Ce n’est ni sale, ni inapproprié d’en parler et d’être en « relation » avec lui. Je trouve également absurde que la masturbation féminine soit si tabou, quand la masturbation masculine est présente dans les consciences des hommes et des femmes dès la jeune adolescence: on en parle, on le voit dans les films, les séries… « Les hommes le font car ils en ont besoin »: bien sûr, mais pourquoi serait-ce différent pour les femmes? Au cas où subsisterait le moindre doute, ça ne l’est pas.

Un autre constat a été fait pendant la soirée. Dans les relations intimes, les hommes n’hésitent pas (en tout cas beaucoup moins souvent que les femmes) à dire ce qu’ils aiment, ce qu’il n’aiment pas, à demander, à commenter. Apprenons à en faire autant. N’attendons pas que l’on nous prenne la main pour le faire car il est peu probable que ça arrive et qu’après tout, notre corps et notre plaisir, c’est aussi notre responsabilité.

Appelons une chatte une chatte, on s’en portera tou(te)s mieux.

 

La confiance en soi, une pièce de plus au puzzle

Je terminerai cet article par une belle pensée partagée par une autre des participantes du Sisterhood, dans laquelle je me suis vraiment reconnue: « Je me suis sentie féminine le jour où j’ai eu confiance en moi ».

Cette phrase a raisonné en moi, elle a sonné comme une vérité au milieu de toutes mes incertitudes concernant le concept de la « féminité ». Cette évidence personnelle ne me permet cependant pas d’en trouver une définition, car je pense qu’un homme pourrait ressentir la même chose par rapport à sa masculinité; mais elle m’éclaire un peu.

Quand j’ai commencé ce travail de longue haleine (et de toute une vie?) de développer ma confiance en moi, en ma personnalité, mes idées, mon corps et mes émotions, j’ai commencé à me sentir de plus en plus femme et à l’assumer. Cela rejoint ce que partageait Claire dans le premier épisode du podcast d’ailleurs. Je ne saurais pas trop comment l’expliquer, c’est un ressenti. J’ose plus parler de moi, incluant ce qui touche à ma vie de femme en soi.

Je me sens également plus féminine, paradoxalement, depuis que j’ai arrêté de tricher avec des attributs de la féminité qui ne me convenaient pas (notamment: depuis que j’ai arrêté de faire semblant d’avoir plus de poitrine en portant certains soutien-gorges, quand bien même ne plus en porter éloigne ma silhouette des standards de la féminité et de la « beauté »). Plus je dis, pense et fait ce qui me correspond, plus j’ai confiance en moi et plus je me sens féminine. Probablement aussi parce que les femmes que je trouve les plus attirantes, intellectuellement, spirituellement et physiquement, sont celles qui s’assument dans leur entièreté, en dehors des clichés.

 

Un commentaire sur “Dans la brume de la féminité

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