Tranquillement, mais sûrement.

J’ai hésité à titrer cet article « Assumer d’être une reloue quand on a toujours appris à être une petite fille sage ». C’était plus clair, mais un peu long.

Hésiter sur un titre… pas surprenant pour un article qui parle du fait d’hésiter entre ouvrir sa gueule et la fermer.

« Elle ne mange pas de viande, elle est compliquée »; « C’est encore un truc de féministe ton histoire »; « Elle dit ça parce que c’est à la mode, des préoccupations de bobos tout ça ». Mais également des remarques, rires ou soupirs quand je peux nuancer (« Une langue vivante, comme tout ce qui est vivant, ça évolue, donc ça peut se féminiser par exemple »), contester (« Ce n’est pas parce qu’on a toujours mangé des animaux qu’on est obligé de continuer à le faire si on a le choix de s’en passer ») ou questionner (« Tu ne crois pas que c’est un peu cliché de dire que c’est un truc de fille? »; ou le classique mais efficace: « Pourquoi tu dis ça? »).

Ces derniers temps, j’ai parfois l’impression d’être une reloue – quelqu’un qui agace quoi. Et je n’aime pas trop cela.

Mais j’ai ma part de responsabilité: c’est moi qui suit irritée par ces remarques et par cette perception que l’on peut avoir de moi. C’est moi qui me laisse toucher. Soit je pars au quart de tour, soit je rumine, mais dans les deux cas c’est mauvais. Ça devrait me passer au dessus.

Pourquoi ça me touche?

Sûrement parce que j’ai toujours été une petite fille sage. Sortir du rang et m’affirmer n’est pas quelque chose d’inné chez moi. Il y a des moments où je n’ai juste pas envie de me faire remarquer. Contredire, je ne le fais pas par plaisir ni pour l’art de la chose (la plupart du temps). Je le fais plutôt pour être en accord avec ce que je crois juste et bon.

Je me suis plus construite en me cachant qu’en ouvrant ma gueule et, parfois, je retombe dans mes vieilles habitudes. C’est donc encore plus difficile d’encaisser le fait que les autres pensent que je fais et dis certaines choses « pour faire mon intéressante ».

Non, je le fais pour moi. Mais c’est sûr que je parle. Ça me fait du bien et j’ai l’impression de participer à quelque chose de vertueux. Si quelqu’un est amené à  réfléchir à un sujet qui me tiens à cœur après en avoir discuté avec moi, lu un de mes articles ou écouté un de mes podcasts, j’ai l’impression d’avoir contribué à la cause, même si c’est dans une très petite mesure. Et bien souvent aussi, ça fait naître de belles rencontres et de belles expériences.

Donc je disais que j’avais parfois du mal à supporter certaines critiques. Celles de l’entourage, car on peut sentir que l’on s’éloigne, ou celles d’étrangers qui se permettent de se lâcher derrières leurs écrans. Car Internet est encore considéré par certain.e.s comme un terrain de jeu sans règles ni morale. Mais à mon échelle, ces critiques restent très rares et  peu violentes par rapport à « ce qui se fait sur le marché » (j’ai quand même eu le droit à des petits conseils avisés du genre: vas te faire interner en psychiatrie car tes idées féministes révèlent une grave hystérie – on ne recyclera jamais assez Freud. LOL).

Je me demande souvent: Comment font celles et ceux qui sont en permanence harcelé.e.s et menacé.e.s ? Comment mettent-elles/ils de la distance?

Puis il y a aussi ce point: savoir l’ouvrir au bon moment. Parce qu’il faut choisir ses batailles et que je ne veux pas tomber dans le piège de la donneuse de leçon.

De toutes façons, je n’ai de leçons à donner à personne, je n’ai rien inventé. Pour changer mes habitudes (entre autres: ma consommation de vêtements, la réduction de ma production de déchets et de ma consommation de produits d’origine animale) je me suis inspirée des autres et cela se fait de façon très progressive. Les changements, je veux qu’ils soient durables et pour cela, réfléchis. Je ne change pas pour accumuler les badges sur mes blousons (d’ailleurs j’essaie d’acheter moins de blousons, alors…). Aux yeux de certain.e.s écologistes, féministes ou véganes, mes actions sont critiquables. La critique constructive, je la prend, elle me fait avancer. La critique moralisatrice, elle me braque. Donc je ne reproduis pas ce schéma avec les autres.

Il y a aussi l’autocritique qui vient nous saboter quand on décide d’ouvrir les yeux et de changer.

C’est l’histoire de Matrix tu sais, la pilule rouge et la pilule bleue. Bon, et bien quand tu commences à déconstruire des habitudes de pensée et d’action, tu te rends compte de tout ce que tu as fait avant. Des gens que tu as pu blesser, des conneries que tu as pu dire, faire, diffuser. Je me sens parfois bien bête en regardant en arrière, même si je sais que ça n’est absolument pas constructif.

Mais je me dis que l’important c’est la sincérité, dans ses prises de conscience et ses excuses. C’est ça qu’on attend des autres (par exemple, et pour rebondir sur le LOL cité précédemment, des membres d’une « ligue »…), donc autant se l’appliquer à soi-même.

J’aurais envie de terminer cet article en m’excusant d’être parfois reloue, mais en même temps…  

Une réflexion sur « Tranquillement, mais sûrement. »

  1. 1/ tout le monde est relou, c’est ce qui fait qu’on s’aime sinon les relations seraient trop lisses. non ?2/ dur de pas se laisser atteindre par la critique, toute personne normalement constituée y est forcément sensible, que ca vienne ou non de l’entourage…3/ continue d’être reloue après tout (même si je me suis jamais dit ca de toi jusqu’à présent mais enfin, ce n’est que mon avis) parce que peut etre qu’on peut aussi trouver un certain égo à etre relou pour les autres. parfois je me dis que j’aimerai bien avoir la force de faire chier le monde plutot que de toujours me faire emmerder par les autres… #chargementale 🙂 Bonne journée ❤

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