Se fier à soi

Ces derniers temps, je laisse plus de place à ce que je ressens pour prendre des décisions et, par conséquent, moins à ce que mes pensées rationnelles et logiques – s’il en est – pourraient me dicter. Bien sûr, mon côté réfléchi et pragmatique est toujours bien présent et tant mieux pour moi. Mais il n’occupe plus 90% des sièges à l’assemblée. Je ne cherche pas à le pousser vers la sortie cependant. Il est quand même légitime à s’exprimer contrairement, par exemple, à un groupe d’hommes blancs, privilégiés et extrêmement cons qui -quand bien même dépourvus d’utérus – pensent devoir et pouvoir donner leur avis au sujet du droit à l’avortement. Si ce n’était pas si grave, je pourrais en rire.

Mais je m’égare, je n’étais pas partie pour parler de ce sujet là. Avant, je suivais donc bien plus ma tête que mon cœur et cela tend aujourd’hui à devenir plus équilibré. Je dirais même qu’en premier lieu, j’écoute ce que je ressens, puis j’interroge ensuite l’autre partie en respectant son temps de parole.

Et concrètement, ça change quoi? Je me sens plus heureuse.

J’ai l’impression que ça a commencé à changer il y a plusieurs années, peut-être en 2016.  Disons qu’au bout d’un moment, je me suis rendu compte que je faisais l’autruche et que comme dans tous les bons polars, quand tu caches un cadavre au fond d’un lac, il y a quelqu’un qui va finir par le trouver. Avec le malaise, c’est pareil: il finit par resurgir.

Mais si tu commences à t’écouter, tu développes ton intuition. Tu sens les choses. Parfois, tu te prends les pieds dans le tapis: tu crois sentir un truc, tu entends une petite voix qui te dis « viens, c’est cool par ici », mais c’est en fait ton égo, ta peur ou autre malice qui s’est déguisé pour te tromper. Je ne comprends pas encore bien toutes les subtilités et tous les pièges car je me fais encore avoir de temps à autres, mais pour les grandes décisions de ces dernières années, je ne me suis pas trompée.

Ma psy a verbalisé un truc que je ressentais ces derniers temps. Quand on prend des décisions en fonction de ce que l’on ressent vraiment, de ce que l’on sait, au fond de soi et sans se voiler la face, être le mieux pour nous, on ressent une certaine stabilité. Surtout quand le résultat de ses actions est à l’exact opposé de ce que l’on espérait. Cette stabilité, elle nous empêche de s’enfoncer dans la déprime, quand bien même on aurait cru si on y avait réfléchi rationnellement avant la tempête, que celle-ci pourrait nous déraciner comme un vieux frêne. Se choisir soi, choisir de se faire confiance, peut nous amener directement en pleine tempête. Mais alors, contrairement à Jack, on aura un radeau ou une bouée à laquelle s’accrocher pour nous empêcher de sombrer dans les eaux troubles et glaciales alors que notre bateau aura croisé un iceberg.

Parfois, pour prendre des décisions, je me sens perdue et je demande conseil. L’avantage de grandir, c’est que tu sais à qui demander conseil: à des personnes qui veulent ton bien uniquement. Mais parfois, je fais des choses sans en parler, même à ces gens là, car je sais ce qu’ils me diront. Ils ne comprendront pas, non pas par défaut d’intelligence émotive ou rationnelle, mais simplement car ils n’ont pas toutes les pièces du puzzle, que je suis la seule à détenir. Ils seront biaisés par leurs propres expériences et surtout, leurs propres craintes. Et de mon côté, je sais que cela ne me fera aucun bien d’être désapprouvée, donc je m’en remets uniquement à moi.

Parfois, au contraire, je cherche la contradiction, quand je sais qu’elle me sera utile. En général, c’est quand une partie de moi veut agir pour mon bien et que l’autre se défend (souvent, mon égo). Là, celles et ceux qui m’aiment vraiment peuvent venir en renfort et m’aider à garder le cap. En ce moment, je mesure à quel point mes proches sont là et à quel point ils me veulent du bien, et j’en suis infiniment reconnaissante.

Je crois à l’attraction, je crois aux énergies. En fait, c’est con de dire que je « crois » aux énergies car tout ce qui nous entoure n’est qu’énergie. Mais disons que j’y accorde de l’importance, que je m’intéresse à ce qui n’est pas tangible. Je crois à l’expérience et mon expérience me prouve que l’on attire ce que l’on dégage. Je me fous bien que l’on pense que je suis ésotérique ou quoi. Je trouve ça dommage pour ceux qui ne ressentent pas ce que je peux capter. Je ne juge pas, je suis loin d’avoir tout compris, je ne suis qu’au début du chemin et je suis souvent en hors piste.

Je ressens beaucoup plus les contrastes. Il y a des émotions dominantes à chaque instant mais il n’y a pas que celles-là. Le ciel ne se résume pas à un orage ou à  un coucher de soleil, les deux peuvent arriver en même temps. C’est comme les images que Thomas Pesquet envoyait quand il était dans la station spatiale internationale: on peut voir au même moment, à deux endroits différents, un ouragan et un ciel apaisé. C’est pareil, je peux ressentir à la fois une grande tristesse et de l’enthousiasme, de la reconnaissance, du stress et de la curiosité. Les émotions et les pensées, c’est un peu comme un parfum. On peut en changer tous les jours mais ça ne change pas qui on est.

Là, je fais des grandes phrases un peu quétaines comme on dit dans ce beau Québec qui m’a adoptée, mais je ne cherche pas à gagner un concours de métaphores. J’écris car ça m’organise, ça me dégage le passage et la vue. J’écris car c’est mon truc (enfin, pas le mien exclusivement, je sais). J’ai toujours aimé ça, j’écrivais déjà des histoires petite. J’aime les mots, j’aime raconter. Ça, c’est plus moi que mes émotions par exemple. Car les mots, l’écriture et les récits m’ont toujours accompagnée. Et parce que je ne le fais dans aucun but, à part de me faire du bien.

Je m’écris souvent à moi-même. C’est ce que je fais là et ça ne me dérange pas qu’on me lise. Souvent, mes écrits sont bien cachés  et personne ne devrait jamais tomber dessus. Parfois, j’écris aux autres dans les moments importants et parfois, j’envoie ces lettres.

Je me souviens de trois fois où je l’ai fait, d’écrire à des gens importants dans des moments importants. La première fois, je n’ai jamais eu de réponse. Jamais. Même pas évoqué l’existence de cette lettre, et j’en ai souffert. Je sais qu’elle a été reçue car je l’avais déposée en main propre dans la boite aux lettres. Aujourd’hui, peut-être quoi… 12 ans plus tard (?), je me rend compte que peu importe, car j’ai agi en fonction de mon cœur et que les conséquences ne changent rien, je n’ai pas à regretter de m’être montrée vulnérable et de ne pas avoir eu le résultat escompté, sur le moment. La deuxième fois, j’ai eu une réponse et cela a fait péter un immense barrage. L’eau s’est écoulée et grâce à cette lettre, les événements qui ont suivi et que je n’aurais jamais imaginés au moment de l’écriture ont pu être mieux gérés. Cette lettre, je l’ai écrite après m’être réveillée en sanglots, vers 4h du matin, à cause d’un rêve qui m’a fait suffoquer pendant au moins 45 minutes d’affilée. Tu vois, le cadavre dont je te parlais au fond du lac tout à l’heure, bon, et bien voilà. Les flics, ils viendront le déterrer même dans tes rêves, s’il le faut. La troisième lettre, je l’ai écrite il y a deux jours, je l’ai postée hier. Je ne sais pas ce que ça amènera.

Aujourd’hui, je comprend la différence entre « accepter ce qui se présente » et « choisir comment on réagit face à ce qui se présente ». Quelque chose arrive, cela provoque une réaction, une émotion. Si elle est agréable, cool, tant mieux. Si c’est désagréable voire franchement douloureux, on a le choix: soit on fait tout pour ne pas ressentir la douleur (ce qu’on essaie tous de faire et souvent sans s’en rendre compte), soit on accepte de laisser une place à la souffrance tout en ne lui laissant pas tout l’espace. Control freak, je l’étais complètement. Je suis encore parfois intensément dans le contrôle mais je travaille là-dessus et ma psy est fantastique pour ça. D’ailleurs, c’est elle qui m’a fait me rendre compte que l’acceptation serait comme une forme ultime de contrôle.

Une autre personne m’a raconté une histoire qui m’a beaucoup aidée cette année, elle se reconnaîtra si elle me lit. C’est l’histoire de l’univers qui a créé le plus bel endroit pour nous, celui où l’on trouvera tout l’amour, toutes les ressources, l’abondance et l’inspiration dont nous avons besoin. On ne sait pas à quoi il ressemble, mais il existe. Sur le chemin pour arriver à cet endroit, l’univers a également placé de belles cascades. Et souvent, en chemin, on s’y arrête, on se repose et on s’y abreuve. Mais la cascade finit par se tarir et on manque d’eau, c’est le signe qu’il faut repartir. On est dans l’incompréhension la plus totale, on pleure, on s’insurge: comment ça, la cascade a disparu? On peut rester de nombreuses heures, de nombreux jours au pied de cette ancienne source. Si l’on ne fait pas attention, on peut y rester trop longtemps et mourir de déshydratation. Pendant ce temps, l’univers nous regarde et se dit « ben là, t’es bête! Qu’est-ce que tu fous, relève toi, je suis en train de te construire un superbe endroit et toi tu t’arrêtes au milieu du chemin ». On s’accroche à ce que l’on a vu et vécu de plus beau jusqu’à présent, car on n’imagine pas qu’il puisse y avoir plus grand après. En ce moment, je m’accroche à ma cascade. Je creuse même des tranchées vers d’autres sources d’eau pour la réalimenter. Mais en même temps, je pense à cette histoire, et peut-être qu’elle est vraie.

Ce début d’année est intense mais je préfère de loin l’intensité au vide. Pendant plusieurs années, je me suis sentie gelée. Je l’ai même ressenti dans mon corps. J’ai fait de l’orthorexie, je n’ai pas eu mes règles pendant plus de deux ans. Je me sentais comme un volcan éteint, ou un ordinateur en veille. Je n’étais pas malheureuse, mais pas franchement heureuse non plus.

En ce moment, ma vie, c’est des montagnes russes. Cela veut donc dire que parfois, ça descend. Mais je préfère sincèrement avoir le tournis et l’estomac contrarié que de revivre une période de gel. Je ne veux pas avoir le même sort que Jon Snow, exilé au nord du Mur dans le froid, sans jamais pouvoir revenir au contraste. Au risque de me faire cramer la gueule par un dragon, je préfère rester de ce côté-ci.

C’est ce que je ressens aujourd’hui, peut-être que ça changera. Si ça change, c’est qu’il y a du mouvement et le mouvement, c’est une bonne chose.

L’autre jour, je parlais à un gars qui me disait qu’il savait toujours ce qu’il ferait 3 ans plus tard. Pour une fois, je ne me suis pas sentie envieuse de ne pas être dans la même situation. Au contraire. Je me sens libre, toutes les possibilités s’offrent à moi puisque rien n’est prévu. Quelque chose arrivera peut-être sur ma route à un moment et je serais prête à le considérer puisque mes yeux et mon cœur sont ouverts. Ce gars là pourrait passer à côté de l’imprévu. Enfin, peut-être qu’il sera quand même heureux, je n’en sais rien moi.

Un jour, peut-être que j’aurais un projet ou que je rencontrerai une personne qui me fera voir à plus long terme et me donnera envie de restreindre un peu ce champ des possibles, en me projetant dans l’avenir. Mais ce n’est pas le cas maintenant, alors autant en profiter.

J’ai trop vécu dans le futur sans même profiter de ce que je vivais au moment même. Tu sais, être quelque part et uniquement penser à où tu seras après. Cela m’arrive encore de temps en temps et je déteste ça. Je ne vis pas ma vie quand je suis là dedans, je l’imagine et je passe à côté.

Bien sûr, j’ai des projets, énormément même, mais ils prennent racine dans le terreau de mes émotions, donc dans le présent et non plus dans le futur projeté par mon cerveau. S’ils sont abandonnés le lendemain, ce n’est pas grave, c’est que c’était juste des idées. S’ils germent, c’est qu’ils en valent la peine, pour le temps que ça durera.

Ce que j’écris là, ce n’est pas vraiment un article, c’est plutôt une page de journal intime. Pourquoi je le publie? Aucune idée. Je le sens juste.

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