La neige et l’eau.

Je n’ai pas écrit depuis quelques mois. Pas d’articles du moins. Ce n’est pas l’envie qui manque, c’est peut-être le temps, peut-être l’organisation. Peut-être que j’ai été absorbée par ma propre vie.

La dernière fois que j’ai écrit, je disais que je plongeais. Depuis, je suis toujours dans l’eau. Je fais la planche sur le dos. L’avant de mon corps en surface est réchauffé par le soleil qui fait sécher le haut de mes cuisses, ma poitrine et mon visage. Je ferme les yeux et je me laisse porter par le doux courant chaud. Les oreilles sous l’eau, je n’entends plus un bruit, que le silence et je me sens en paix. J’ai un demi sourire sur le visage. Je respire.

Je me sens si bien dans ce lagon, dans cette eau turquoise. Comme quoi, cela ne servait à rien de s’inquiéter des poissons, des algues, ou des sirènes. Je n’aime toujours pas trop l’idée des sirènes, mais je n’y pense presque pas. Si j’y pense, je replonge la tête dans l’eau, je fais quelques brasses et je me reconnecte à cette sensation douce et enveloppante de l’eau chaude qui m’entoure.

On dit que l’eau, c’est la vie. Il faut boire pour survivre, oui, mais moi je nage et je flotte pour vivre.

Mais ne vous y méprenez pas, je ne fais pas uniquement me prélasser dans le bassin de l’amour, j’ai des plans. De grands projets. Peut-être parce que j’ai 30 ans, que l’on entre en 2020 et que ça fait beaucoup de chiffres ronds. Peut-être (surtout) que c’est parce que je suis prête. Poser des nouvelles bases. C’est ça mon objectif.

Pour changer du décor du lagon bleu, imaginons une route enneigée, comme celles de Montréal un soir de janvier. Ces dix dernières années, j’ai enfourché la déneigeuse et j’ai déblayé. J’ai enlevé les grosses couches, j’ai accepté, je me suis réconciliée, j’ai appris, j’ai compris et j’ai cherché à comprendre. J’ai rencontré du monde à travers le monde et je me suis rencontrée moi-même aussi un peu.

Maintenant que les routes sont déneigées, c’est plus facile de marcher mais il reste une couche de glace en dessous. Je ne sais pas si vous avez déjà vu une déneigeuse travailler. Elle enlève la neige mais elle ne peut pas enlever la glace, c’est beaucoup plus compliqué. Pour moi c’est pareil. Il faut maintenant que je trouve le courage et la force de casser cette couche, la plus profonde et la plus dure. Il me faut les bons outils (on ne casse pas de la glace avec une pioche en plastique), il me faut de la patience, il me faut de la résilience.

C’est drôle, j’ai toujours cru que je n’étais pas résiliente mais hier, alors que je parlais de moi à une amie, elle m’a dit « ben tu vois, c’est ça la résilience ». Waouh. J’ai pratiqué sans même m’en apercevoir.

Une fois que j’aurais enlevé la glace, je réparerai la route. Je mettrai un nouveau revêtement et je ferai en sorte que la glace ne revienne plus. Je poserai les nouvelles bases.

Sur ce chemin, j’apprends que quand bien même on a toujours appris à tout faire toute seule, c’est bien de partager avec quelqu’un. Quelqu’un qui ne fait pas le travail à ta place, mais qui t’écoutes, te conseilles et t’encourages. Quelqu’un qui sans le savoir, te bouscules. Mais c’est pour le mieux car sous ses pas, la glace commence à craqueler.

J’apprends que l’indépendance n’est pas le contraire du partage. Que quand on s’associe, on ne disparaît pas. Il faut juste faire le bon partenariat. Celui qui décuple ton énergie au lieu de l’absorber. Celui qui transforme le sombre en lumière, même si l’obscurité est bonne parfois.

Celui qui fait que tu peux t’allonger, fermer les yeux, laisser courir tes cheveux dans l’eau et réaliser que tu es dans le plus merveilleux des endroits.

Plonger.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Cependant, certains sont quand même assez similaires. Ils sont une progression, une continuation du jour précédent. On avance, on poursuit, on continue. Le paysage du jour n’est pas si différent de celui de la veille même si l’on y croise, peut-être, un chevreuil, alors qu’hier les prairies étaient désertes. On reste sur la même route, on a regardé le trajet à l’avance donc il n’y aura pas nécessairement de surprise.

Mais il suffit d’une minute, ou plutôt d’une seconde pour que cela change. Même si on avait anticipé son parcours, peut-être que l’on n’avait pas vu sur la carte qu’il y avait une cascade à gauche, après le virage. On était trop occupé.e à regarder le temps de trajet et la météo. Puis là, on prend ce virage et… surprise. Continuer à lire … « Plonger. »

Transformer la colère en indignation

Depuis plusieurs mois, je me sens régulièrement et de plus en plus fréquemment affectée par la constatation de l’effondrement progressif de notre monde. J’entends notamment par cela la destruction des écosystèmes, le creusement des inégalités sociales, les multiples injustices et le capitalisme en général. Plus le temps passe et plus mes yeux s’ouvrent sur ce qui est réellement en train de se passer dans le monde. Et « le monde » ne me semble plus être une sorte de concept détaché de « ma petite vie de privilégiée ». Ce monde, j’en fais totalement partie et malheureusement, certaines de mes actions contribuent à sa destruction que je perçois de plus en plus comme une fatalité. Cette fatalité ne me semble plus abstraite et lointaine: je réalise aujourd’hui que je suis spectatrice du début de la fin. Le système complet est voué à l’échec. C’est prouvé depuis longtemps, de nombreuses personnes ont sonné l’alerte il y a une cinquantaine d’années et puisque que le nécessaire n’a pas été fait, nous commençons à en payer le prix. Il nous reste à peine quelques années pour renverser la donne et changer les choses, avant qu’il soit définitivement trop tard. Continuer à lire … « Transformer la colère en indignation »

La bienveillance est à la mode, et alors?

Il y a quelques jours, une personne que je connais a fait une réflexion qui m’a surprise. Cette personne trouve que les safe spaces – ces endroits sécuritaires où la parole est libre, bienveillante et où l’on ne se juge pas – sont devenus (trop) à la mode. On en trouverait presque à chaque coin de rue et ces espaces ne seraient pas vraiment utiles. Son argument? Le jugement est constructif a posteriori (c’est-à-dire après avoir pris connaissance de ce à propos de quoi l’on exprime un avis) car la critique est nécessaire pour avancer. Son point était que dans ses projets artistiques, il a besoin de recevoir ce jugement des autres, ce qui l’aide à progresser et je le comprends.

Le problème que me pose son argumentaire, comme je lui ai dit, c’est qu’il mélange deux choses à mon sens. Les safe spaces ne sont pas des galeries où l’on expose nos œuvres devant un public et des journalistes. Critiquer une création, résultant du « faire » n’a rien à voir avec juger une personne, qui relève du « être ». Parfois bien sûr, une personne va avoir besoin d’un safe space pour se livrer au sujet de ses actions passées, regrettables voire honteuses, mais ce ne sont souvent des actes impulsifs qui ne résultent pas d’une démarche volontaire de création. Continuer à lire … « La bienveillance est à la mode, et alors? »

Se fier à soi

Ces derniers temps, je laisse plus de place à ce que je ressens pour prendre des décisions et, par conséquent, moins à ce que mes pensées rationnelles et logiques – s’il en est – pourraient me dicter. Bien sûr, mon côté réfléchi et pragmatique est toujours bien présent et tant mieux pour moi. Mais il n’occupe plus 90% des sièges à l’assemblée. Je ne cherche pas à le pousser vers la sortie cependant. Il est quand même légitime à s’exprimer contrairement, par exemple, à un groupe d’hommes blancs, privilégiés et extrêmement cons qui -quand bien même dépourvus d’utérus – pensent devoir et pouvoir donner leur avis au sujet du droit à l’avortement. Si ce n’était pas si grave, je pourrais en rire.

Mais je m’égare, je n’étais pas partie pour parler de ce sujet là. Avant, je suivais donc bien plus ma tête que mon cœur et cela tend aujourd’hui à devenir plus équilibré. Je dirais même qu’en premier lieu, j’écoute ce que je ressens, puis j’interroge ensuite l’autre partie en respectant son temps de parole.

Et concrètement, ça change quoi? Continuer à lire … « Se fier à soi »

Nos cultures, entre unions et divisions

Fin avril, je suis retournée au Sisterhood de The Woman Power.

Le thème de cette nouvelle rencontre promettait de belles et grandes discussions: « Appropriation culturelle vs. appréciation de la Culture » (j’utiliserai ici le mot culture avec une majuscule pour rendre compte de ses multiples dimensions). De quoi plonger profondément dans nos expériences et questionnements personnels.

Ce sujet, polémique, est de nos jours régulièrement abordé dans les médias. Il était donc délicat d’en parler sans jugement et avec bienveillance. Nous avons senti la fébrilité et le courage qui animait Hanna et Guiliana, nos deux hôtes de la soirée, lesquelles avaient à cœur de se lancer dans cette thématique. Elles ont mené la discussion avec brio. Avant de commencer, nous ne savions pas où nous allions atterrir, mais nous pressentions que pendant le vol, il y aurait des turbulences. Deux certitudes: ce trajet serait inconfortable mais on en ressortirai grandies. Continuer à lire … « Nos cultures, entre unions et divisions »

De l’autre côté de l’écran

Le 22 février dernier, j’ai une nouvelle fois eu la chance de participer à une discussion bienveillante entre femmes (les fameux Sisterhoods), organisée par The Woman Power, dont le thème était cette fois-ci l’identité numérique.  Le temps d’une soirée, nous avons mis nos avatars au placard et nous sommes réunies en 3D, toutes de chairs et de paroles, pour échanger au sujet de nos vies en 2 dimensions.

Le sujet étant plus que vaste, certains angles ont été choisis pour l’aborder. Dans cet article, je ne vais pas retranscrire nos deux heures de discussion – bien qu’elles aient été passionnantes – mais plutôt développer quelques points qui m’ont particulièrement touchée, intéressée et marquée.

Pour commencer, de quoi parle-t-on? Continuer à lire … « De l’autre côté de l’écran »