Je suis un saumon

Non, je vous rassure, les fêtes de fin d’année ne m’ont pas fait perdre la tête. Je n’ai ni abusé du champagne, ni du cannabis et je sais que je ne suis pas vraiment un saumon. Mais lisez la suite.

Il y a un an, j’ai débuté l’année avec des envies et des objectifs précis. J’avais écrit un article dans lequel j’avais dit que ce serait pour moi « l’année de la découverte ».

Il faut dire qu’à cette période-là, suite à une rupture amoureuse et dans le début de ma vie montréalaise, j’avais besoin de me donner des lignes directrices, des intentions, des challenges ou peu importe comment on les appelle.

J’avais en tête de trouver plein (ou toutes? mon côté naïf?) de réponses en 2018. Je les ai finalement assez peu trouvées. Ce qui m’est arrivé et ce que j’ai fait cette année n’était pas dans mes plans au départ, mais c’était super. Cette année a été très riche, très positive.

Mais voilà, je n’aurais pas imaginé, plus d’un an après mon installation à Montréal, me sentir autant perdue qu’à mon arrivée si ce n’est plus.

Je me sens comme un saumon car j’ai l’impression de remonter la vie à contresens.

Je vieillis bien dans le même sens que les autres (je suis peut-être un saumon mais pas Benjamin Button) mais j’ai l’impression que la plupart des gens trouvent au fur et à mesure une stabilité, un ancrage, que ce soit dans leur vie personnelle ou professionnelle. Et moi, plus je vieillis, plus je me sens perdue.

Alors certes, pas à tous les niveaux. Je me connais de mieux en mieux et je développe ma confiance en moi. Mais comme je n’ai plus vraiment de point d’attache quelque part, je me retrouve face à moi-même et donc face aux vraies questions et aux vrais choix.

Au-delà des questions existentielles de la vie (Qui suis-je? Qu’est-ce que je souhaite faire? Qu’est-ce qui m’en empêche vraiment? etc.) je m’en pose de plus concrètes. Est-ce que je veux me lancer dans de nouvelles études? Si oui, lesquelles, car à peu près un million de choses m’intéressent? Est-ce que je voudrais travailler à mon compte? Vivre plus proche de la nature? Me poser avec quelqu’un? Et où est-ce que je veux vivre en fait?

Le retour à Paris en fin d’année m’a encore plus retourné le cerveau. Revoir mes proches, être entourée, retrouver mes habitudes, voir ce que je pourrais vivre en étant là-bas. Et donc ce que je loupe en repartant.

Oui, mais rentrer après avoir tout plaqué si peu de temps auparavant? Et pour faire quoi, moi qui ai voulu fuir Paris à tout prix?

Montréal m’a accueillie, donné un nouveau souffle, une nouvelle énergie, de nouveaux amis, de nouvelles inspirations et je ne suis pas prête à quitter tout cela. Mais Montréal semble être un point de passage pour beaucoup, et s’ancrer dans une ville si mouvante me ferait probablement me sentir seule au bout d’un certain temps.

Il y a partir, rester, mais je pourrais tout aussi bien aller autre part. Voyager un temps. Rencontrer des gens, apprendre de nouvelles choses. Et me poser plus tard.

Je dois faire mes choix pour les bonnes raisons. Sauf que je ne sais plus quelles sont les bonnes raisons. Le cœur, le cerveau, le ventre. Tous les trois ont leur mot à dire et braillent à longueur de temps. Ils ne cessent de clamer haut et fort leurs arguments en faveur de telle ou telle option. Et moi je les écoute, plus perdue que jamais.

J’essaie donc je me reconnecter à cette intuition qui m’avait si bien guidée vers Montréal, une des meilleures décisions de ma vie.

Je ne ferais certainement rien dans la précipitation. Sauf énorme aléa de la vie, cette année sera montréalaise, comme la précédente. Je ne suis pas prête pour un changement radical à nouveau. J’ai juste besoin d’une petite lumière pour la suite, d’arriver à faire le ménage de toutes mes pensées et émotions contradictoires qui se battent à l’intérieur de moi.

C’est fou, quand on est sous la contrainte, on se sent prisonnier et on rêve de liberté. Et quand comme moi, on a l’immense privilège d’avoir des choix à faire, on a du mal à gérer l’inconfort dans lequel cette position nous met.

Finalement, arrivant à la fin de cet article, je me dis que si 2019 pouvait m’apporter quelque chose, j’aimerais bien que ce soit de la confiance et de la sérénité.

Bonne année à vous!

Écarter ses limitations/ Repousser ses limites

Voici venu le temps où plusieurs d’entre nous font leur bilan personnel de l’année qui vient de s’écouler et, éventuellement, se donnent des objectifs pour la suivante. La fin d’année calendaire est toujours une période importante pour moi car c’est aussi le temps de mon anniversaire, ce qui me donne une double occasion de regarder le chemin parcouru. Plutôt que des objectifs, je me donne en général des intentions pour les douze mois à venir.

Cette année (2018/ mes 28), j’ai fait beaucoup de choses. J’ai cassé quelques barrières mentales que j’avais. Dans plusieurs situations, j’ai osé. J’ai mis de côté des appréhensions et je me suis lancée. Parfois, j’ai atterri comme un chat, sur mes pattes. Parfois, je me suis cassée la gueule. La fin de l’année a été émotionnellement difficile mais je sais que c’est un passage obligé. La vie est faite de cycles. En 2018, j’ai fait des découvertes et des explorations, suivant l’intention que j’avais définie en janvier.

Mais je sais que je pourrais aller plus loin. J’entre dans ma trentième année. En décembre 2019, j’écrirai mon âge en commençant par un 3. Alors d’ici là, je vais exploiter au maximum cette dernière année de ma vingtaine pour pouvoir à la fin m’affaler dans mon canapé mental en soupirant : ouf, c’était intense, mais j’en ai bien profité.

Mais qu’est-ce qui pourrait m’empêcher d’aller plus loin? Qu’est ce qui nous freine en général? 

Si je me raccroche à ce que j’ai lu récemment et que je crois vrai, la palette de nos émotions peut finalement se classer en deux catégories: la peur et l’amour. La peur regroupe toutes les émotions négatives (la colère, la jalousie, l’envie, l’angoisse, etc.): notre égo l’active et l’alimente; c’est ce qui nous freine. L’amour au contraire regroupe les émotions positives: notre égo s’abandonne; nous avançons.

Donc ce qui pourrait m’empêcher d’aller plus loin, comme ce qui m’a bloquée jusqu’ici, c’est bien la peur. Notamment celle de ne pas être capable. Et c’est là que de mon cerveau ressort quelque chose qu’avait dit mon professeur de yoga il y a quelques mois.

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Il s’agit en fait d’un mot qu’il a ajouté à la fin d’une phrase, pour la nuancer.

Il parlait du fait d’être attentif(/ve) dans nos postures pour éviter de se blesser, de l’importance d’une bonne écoute pour identifier nos limites. Et juste après « limites », il a ajouté : « ou limitations ».

Pourquoi cette précision?

En terminant sur « limites », sa phrase était claire et je n’y aurait sûrement pas réfléchi plus que cela. A ce moment là, j’ai décidé de mettre cette pensée dans un coin de ma tête et d’y revenir plus tard. Et j’y suis revenue.

Voici mon interprétation de la différence entre ces deux termes. La votre différera peut-être.

La limite est objective. Elle peut être physique, d’où le risque de se blesser – se déchirer un muscle lors d’un entrainement trop intense. Mais elle peut-être aussi mentale car on peut se blesser émotionnellement – tomber dans la dépression.

Quelle serait donc la limitation? A mon sens, c’est l’idée que l’on se fait de nos propres limites. Je dirais donc que par opposition à la limite, elle est subjective et découle de notre perception ou de notre projection.

La limite peut être l’équivalent de la limitation mais la plupart du temps, j’imagine qu’elles sont différentes. Par exemple, si l’on a tendance à se dévaloriser, que l’on a peu d’estime de soi, on va placer ses limitations en-dessous de ses limites réelles. « Je n’y arriverai pas car je suis trop ceci ou je ne suis pas assez cela ». On prend nos limitations pour des limites, parce qu’on prend notre perception de nous-même pour une réalité (que l’on croit souvent immuable par ailleurs).

Dans certains cas, on se fixe des limitations par peur de la réaction des autres: « Je ne peux pas faire cela parce qu’on va me juger/ parce que ce n’est pas socialement accepté/ parce que je risque de perdre quelque chose ou quelqu’un ».

Parfois, on fait l’inverse et on place ses limitations au-dessus de ses limites. « Mais non je n’ai pas mal/ je peux continuer malgré la souffrance/ je peux endurer encore un peu ». Jusqu’à la fracture, jusqu’au burn-out.

Je ne sais pas toujours où sont mes limites; par contre, j’arrive à savoir quand il s’agit d’une limitation que je me mets. Et c’est assez simple, il suffit que je sois honnête avec moi-même et que j’admette que j’ai peur. De l’échec, du rejet, du ridicule, de la souffrance, par exemple.

 

Combien de fois ai-je pensé ne pas être capable de quelque chose que j’ai finalement fait, parfois même plutôt bien?

Petite, j’étais extrêmement peureuse. De tout, mais surtout des gens. La vie a de l’humour parce qu’aujourd’hui, tout ce qui me passionne et anime mes projets, ce sont les gens. Les choses évoluent, on peut apprivoiser ses peurs.

Si l’on m’avait demandé à 15 ans si je pensais pouvoir un jour être capable de défendre des idées, d’argumenter et de négocier avec des personnes notamment plus expérimentées que moi, j’aurais répondu en toute sincérité: « Pas du tout. J’en suis incapable ». On m’aurait demandé pourquoi et j’aurais dit: « Parce que je suis timide ».

Je me réduisais à un seul adjectif, à une seule facette de ma personnalité. Je ne savais pas que l’on pouvait être timide et autre chose. Timide et passionné(e). Timide et maître de son vocabulaire, de ses arguments, de son discours. Je ne savais pas non plus que l’on pouvait évoluer autant. Passer d’une timidité handicapante à une timidité assumée, flexible (voire éventuellement, charmante?).

Les limites se repoussent mais il faut le faire progressivement. Pour notre corps, on le comprend plus facilement: au départ, on est raide et frêle, puis on s’entraîne et on est plus rapide, plus souple et plus fort(e).

Les limitations se repoussent également, ou s’écartent. On peut aller plus loin parce qu’on croit qu’on peut aller plus loin.

 

Mais il y a des ajustements à faire. Parfois, j’essaie de me dépasser mais je le fais pour les mauvaises raisons: pour le défi « en soi », mais pas vraiment pour moi. Je comprend petit à petit qu’il faut différencier « se mettre un coup de pied au cul » pour ne pas être paralysé(e) par ses limitations et « ne pas se forcer à faire quelque chose que l’on ne veut pas, qui ne nous correspond pas ».

Parfois aussi, croire que « tout est dans la tête » et que l’on peut sans cesse repousser ses limites et limitations, cela donne un sentiment de puissance, de maîtrise. On croit que l’on peut tout contrôler finalement. Evidemment, ce n’est pas le cas et il m’arrive régulièrement d’être rattrapée par la réalité. De me retrouver face à un mur. Car non, le pouvoir de ma propre pensée ne semble pas pouvoir changer le cours de toutes les choses. Je dois certainement apprendre à gérer la déception, la désillusion, la douleur, la honte. Accepter ce que je ne peux pas changer et être patiente.

La patience n’est certainement pas ma plus grande qualité. Néanmoins, pour ce qui est de maintenant, je n’ai pas envie d’aller trop vite. L’année n’est pas encore terminée. On verra plus tard pour les conclusions que je tirerai de cette réflexion et les intentions que je choisirai pour l’année prochaine.

Dans la brume de la féminité

Plus je réfléchis, travaille, écris, parle, écoute au sujet de la féminité – ainsi que son pendant masculin qu’est la masculinité – moins je semble saisir de quoi il s’agit.

A chaque fois que je tente de la définir, je me dis « oui, mais on pourrait tout aussi bien dire cela de la masculinité ». Ces concepts sont de plus en plus flous, incompréhensibles voire insignifiants pour moi.

Les seules différences immuables que j’arrive à percevoir entre les hommes et les femmes sont d’ordre biologique, physique voire énergétique (encore que sur ce dernier point, il faudrait que je précise ce que j’entends par cela mais ce serait l’objet d’un tout autre article). Le reste me semble uniquement social et donc, modifiable.

Si vous suivez mon travail avec Bleu Bonbon, vous savez que la féminité est un des sujets principaux de mon podcast, dont je parle avec des femmes mais aussi des hommes. C’est parce que c’est complexe que ça me passionne.

Donc, quand j’ai appris que The Woman Power organisait un nouveau Sisterhood (une discussion bienveillante entre femmes) sur le thème de la féminité, je n’ai pas hésité une seconde à y aller. J’avais adoré leur précédent Sisterhood où l’on avait parlé de féminisme(s) (à propos duquel j’avais d’ailleurs rédigé cet article). J’ai pensé qu’il serait intéressant d’écouter ce que d’autres femmes avaient à en dire afin de savoir si j’étais la seule à être dans le brouillard.

Autant briser le suspens tout de suite: je n’ai pas « vu la lumière » suite à cette discussion et je me pose toujours les mêmes questions (voire plus). Cependant, c’était extrêmement intéressant de participer à ce melting-pot de nos idées, expériences et ressentis.

Et j’ai tout de même une certitude, dans la brume de mes idées: peu importe comment on définit la féminité, le danger est d’en avoir une définition trop étroite, et l’intérêt de cette notion est certainement le fait qu’elle nous fait parler, réfléchir et grandir.

Je voudrais maintenant partager avec vous quelques idées qui ont émergées au cours de cette soirée, ainsi que mes réflexions suite à cette belle discussion féminine.

 

L’image contient peut-être : 7 personnes, personnes souriantes, intérieur

Féminité et maternité: entre harmonie et injonctions

Parmi les femmes présentes au Sisterhood, deux d’entre elles sont mères. L’une nous a expliqué en quoi la maternité l’avait amenée dans une autre « dimension » de sa féminité: elle a atteint une nouvelle forme d’équilibre et d’harmonie dans sa vie de femme. C’était un magnifique témoignage qui nous a, je pense, toutes touchées.

Suite à son intervention ont émergé les questionnements que j’espérais et que j’attendais. Qu’en est-il des femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfants? Et de celles qui n’en veulent pas?

Ces deux cas de figure sont d’ailleurs à distinguer. Mais dans chacune de ces hypothèses, est-ce qu’on loupe quelque chose dans notre féminité? 

Je ne pourrais pas parler personnellement de stérilité car je ne sais pas ce qu’il en est pour moi. Néanmoins, j’imagine que si le désir d’enfant est présent, cela doit être extrêmement difficile à vivre. Mais s’il est absent au contraire, la situation est tout autre car l’absence de maternité est un choix.

Approchant la trentaine et la plupart de mes ami(e)s étant dans la même tranche d’âge, nous en parlons assez régulièrement. Notre constat est que la pression sociale est bien là, et ce pour les femmes comme pour les hommes (je tiens à le préciser car j’ai eu cette discussion avec des amis que l’on presse également à devenir papa).

Les pressions ne sont pas uniquement celles de l’entourage: certaines et certains s’inquiètent de ne pas avoir le ou la bon(ne) partenaire et/ou la vie « stable » qui répond à leurs critères, autant de raisons qui font que leur désir de parentalité ne peut s’envisager dans un futur proche. Mais ces pressions personnelles sont souvent alimentées et amplifiées par l’entourage qui en rajoute une couche à base d’ « horloge biologique qui tourne » et de « tu auras moins d’énergie plus tard pour élever tes enfants » i tutti quanti (dans mon cas, ma famille n’est pas oppressante à ce propos et je les remercie – bisous à vous si vous me lisez!).

Mais si on ne veut pas d’enfant, comment on l’assume en société? 

Personnellement, je ne suis pas sûre de vouloir être mère. Cela peut changer; néanmoins je suis quasiment certaine que la grossesse n’est pas quelque chose que je voudrais vivre. J’ai déjà un petit objet en cuivre dans mon utérus et honnêtement, rien que ça et ce que ça engendre, ça m’y fait réfléchir. Des douleurs intenses, des contractions, des dérèglements hormonaux pendant des longues périodes, j’en ai vécu, ce qui fait que j’ai aujourd’hui une vraie peur de l’accouchement et de la dépression post-partum (comme toute forme de dépression mais c’est une autre histoire). Pourquoi voudrais-je subir cela quand je pourrais adopter? 

Je sais que plein de jeunes femmes de mon entourage rêvent de ce jour où elles auront un petit être dans leur ventre, de se sentir changer, de créer une connexion avec leur enfant et je le comprends, je trouve même cela très beau. Mais ne désirant pas cette expérience (pour le moment?), j’ai pu parfois me demander si j’étais anormale.

En tout cas, sans m’étaler plus que cela sur ma propre expérience, je pense qu’au moins deux questions peuvent se poser pour les femmes qui ne désirent pas d’enfants:

  • Est-ce que l’on manque quelque chose dans sa vie de femme et dans l’expérience de sa féminité si l’on ne passe pas le cap de la grossesse et de la maternité, par choix ou par défaut?
  • Comment être épanouie dans sa vie de femme quand on ressent de la pression face aux injonctions sociales et familiales liées à notre absence de désir d’enfant?

 

Je finirai simplement sur le fait que je reconnais que j’ai une chance immense de pouvoir me poser ce genre de questions. De très nombreuses femmes sur cette planète n’ont simplement pas de choix. Elles sont mariées sous la contrainte, forcées au devoir conjugal (oui, donc violées quoi), d’autres n’ont pas le droit d’avorter, parfois après des viols justement. Autant de raisons dramatiques qui les poussent à être mères sans le vouloir. Les pressions que j’ai évoquées juste avant sont donc évidement à mettre en perspective avec cela.

 

La féminité toxique, ça existe?

En voilà une bonne question!

En effet, on parle aujourd’hui beaucoup de la masculinité toxique (en gros, les comportements masculins machistes, sexistes, parfois abusifs qui nuisent aux femmes, aux hommes et donc aux relations entre les sexes), mais y a-t-il un pendant féminin? La masculinité a-t-elle le monopole de la toxicité?

On s’est posé la question et on s’est rapidement dit que oui, la féminité toxique existe. Après tout, il n’y a pas de raison. Mais alors en quoi cela pourrait consister?

Plusieurs idées sont sorties de notre discussion:

  • La compétition excessive entre femmes

La compétition en soi n’est pas une mauvaise chose, au contraire, elle nous aide à nous dépasser et à grandir. Mais il faut bien comprendre pourquoi et face à qui on entre en compétition.

Si vous êtes une femme, vous avez certainement déjà vécu une ou plusieurs situations dans lesquelles vous vous êtes sentie manipulée ou écrasée par d’autres femmes. Cela existe également entre les hommes bien sûr (on en a d’ailleurs beaucoup parlé avec Thomas dans l’épisode 8 du podcast). La compétition entre femmes, pour une opportunité, une promotion, un homme qui nous intéresse ou autre, peut-être rude car elle est souvent vicieuse.

En tant que femme, on a vite intégré que dans certaines situations, il allait falloir se battre (plus que les hommes) pour ce que l’on veut. C’est une bonne chose d’apprendre à se défendre mais dans le combat, on oublie parfois que les autres femmes ne sont pas censées être nos ennemies. On en oublie le cœur du problème: notre confiance en nous, qu’on ne nous a pas forcément appris à cultiver. Ces situations ne nous renforcent pas personnellement et créent un manque de sororité néfaste pour tout le monde.

  • L’appropriation des enjeux féministes

Si vous êtes intéressé(e)s par les enjeux féministes et que vous en parlez avec des personnes qui ne vivent pas les mêmes réalités que vous (sociales, économiques, religieuses, ethniques ou autres), vous avez probablement déjà entendu parler de cette problématique. Beaucoup de personnes, essentiellement des femmes, se plaignent – à mon sens à très juste titre – du fait qu’aujourd’hui, le féminisme est médiatisé comme un sujet de femmes blanches-riches-éduquées-judéo-chrétiennes-hétéro-valides. Encore pire, au nom d’une fausse ouverture d’esprit, certaines femmes vont s’approprier des codes, des discours, des actions d’autres femmes et parler en leur nom. Ce n’est pas forcément fait avec de mauvaises intentions mais c’est dangereux.

Cela créée beaucoup de division entre les femmes à une époque où nous aurions tout intérêt à être soudées.

Cette problématique est comparable à d’autres enjeux sociaux: il s’agit de chercher à entendre toutes les parties concernées et concilier des intérêts divergents.

Mais avant même de parler de contenter tout le monde, le problème est de reconnaître, quand on a la chance d’accéder à l’espace médiatique, que l’on est des privilégiées. On reproche aux hommes d’abuser de certains de leurs privilèges, ne tombons pas dans le piège de reproduire les mêmes erreurs. Le monde n’est pas binaire et « femme » n’est pas une catégorie homogène. Commençons par reconnaître les avantages de notre position, reconnaître les réalités des autres, écoutons-les, et autant qu’il nous l’est possible, donnons-leur la parole. Personne ne peut mieux parler d’une réalité que la personne qui en fait l’expérience. 

Une des femmes présente au Sisterhood a soulevé cette question du féminisme qui, tel qu’il est présenté aujourd’hui dans les médias, ne lui convient tellement pas qu’elle refuse d’y être associée. Elle nous a fait part de sa colère face au fait que le féminisme, de son point de vue, semble se limiter à des problématiques de « sexisme occidental » alors que des femmes souffrent et meurent chaque jour à cause de leur sexe sur d’autres continents. Sa rage, si bien exprimée, m’a profondément touchée.

Néanmoins, j’ajouterai quelque chose. Il me semble qu’il ne faut pas étouffer un combat et abandonner la défense de certaines femmes en raison du fait que d’autres souffrent plus (et je ne dis pas ici que c’était la conclusion du discours de cette femme, je déroule ici le fil de ma réflexion). Evidemment que certaines femmes souffrent infiniment plus que ce que l’on pourra jamais vivre dans notre société. Evidemment que l’on devrait faire bien plus pour les aider, et moi la première: je ne suis pas une donneuse de leçons. Cependant, je vois le danger d’utiliser l’argument du « il y a pire ailleurs » qui peut amener l’inertie (pour le féminisme, comme pour tout autre enjeu social). Un combat n’empêche pas l’autre. Se mobiliser, par exemple, contre les violences conjugales faites contre les femmes dans des pays riches est une lutte que l’on doit poursuivre. Mais effectivement, les femmes privilégiées ayant accès à l’espace médiatique devraient sans aucun doute utiliser leurs voix pour faire tourner les regards vers ces femmes qui subissent l’excision, le viol, les mariages forcées, toutes autres formes de tortures et même, sans aller jusqu’aux atteintes à l’intégrité physique, ne sont pas libres de travailler, de s’exprimer, de se déplacer, d’être dignes.

Ces deux points nous montrent que si l’on ne fait pas attention, nos comportements de femmes peuvent nuire aux autres et notamment, à nos sœurs. Soyons vigilantes et bienveillantes les unes avec les autres!

 

Après le « F word », le « V word »: peut-on parler librement de vagin?

En voilà une autre bonne question!

Je pense qu’on était toutes d’accord pour reconnaître que le sexe féminin est encore un tabou aujourd’hui. Comment se fait-il que dans notre société, on parle presque facilement de pénis mais que le mot vagin fasse encore peur à tout le monde?

L’une des participantes au Sisterhood, professeure de yoga, nous a parlé d’un problème auquel elle fait souvent face lorsqu’elle doit expliquer comment faire certaines postures en agissant sur la région du périné sans employer le mot « vagin », pour ne pas que ses élèves se sentent mal à l’aise. Alors que ses explications en seraient bien plus claires.

Certaines personnes (y compris nombre de femmes) associent le(ur) vagin à quelque chose de sale. C’est tellement absurde! Ce n’est ni sale, ni inapproprié d’en parler et d’être en « relation » avec lui. Je trouve également absurde que la masturbation féminine soit si tabou, quand la masturbation masculine est présente dans les consciences des hommes et des femmes dès la jeune adolescence: on en parle, on le voit dans les films, les séries… « Les hommes le font car ils en ont besoin »: bien sûr, mais pourquoi serait-ce différent pour les femmes? Au cas où subsisterait le moindre doute, ça ne l’est pas.

Un autre constat a été fait pendant la soirée. Dans les relations intimes, les hommes n’hésitent pas (en tout cas beaucoup moins souvent que les femmes) à dire ce qu’ils aiment, ce qu’il n’aiment pas, à demander, à commenter. Apprenons à en faire autant. N’attendons pas que l’on nous prenne la main pour le faire car il est peu probable que ça arrive et qu’après tout, notre corps et notre plaisir, c’est aussi notre responsabilité.

Appelons une chatte une chatte, on s’en portera tou(te)s mieux.

 

La confiance en soi, une pièce de plus au puzzle

Je terminerai cet article par une belle pensée partagée par une autre des participantes du Sisterhood, dans laquelle je me suis vraiment reconnue: « Je me suis sentie féminine le jour où j’ai eu confiance en moi ».

Cette phrase a raisonné en moi, elle a sonné comme une vérité au milieu de toutes mes incertitudes concernant le concept de la « féminité ». Cette évidence personnelle ne me permet cependant pas d’en trouver une définition, car je pense qu’un homme pourrait ressentir la même chose par rapport à sa masculinité; mais elle m’éclaire un peu.

Quand j’ai commencé ce travail de longue haleine (et de toute une vie?) de développer ma confiance en moi, en ma personnalité, mes idées, mon corps et mes émotions, j’ai commencé à me sentir de plus en plus femme et à l’assumer. Cela rejoint ce que partageait Claire dans le premier épisode du podcast d’ailleurs. Je ne saurais pas trop comment l’expliquer, c’est un ressenti. J’ose plus parler de moi, incluant ce qui touche à ma vie de femme en soi.

Je me sens également plus féminine, paradoxalement, depuis que j’ai arrêté de tricher avec des attributs de la féminité qui ne me convenaient pas (notamment: depuis que j’ai arrêté de faire semblant d’avoir plus de poitrine en portant certains soutien-gorges, quand bien même ne plus en porter éloigne ma silhouette des standards de la féminité et de la « beauté »). Plus je dis, pense et fait ce qui me correspond, plus j’ai confiance en moi et plus je me sens féminine. Probablement aussi parce que les femmes que je trouve les plus attirantes, intellectuellement, spirituellement et physiquement, sont celles qui s’assument dans leur entièreté, en dehors des clichés.

 

Cycle vicieux

Avoir l’impression de tourner en rond. De répéter, inlassablement, les mêmes schémas nuisibles.

Comprendre, sans apprendre. Ou l’inverse.

Le verre se vide petit à petit. Cela ne se voit pas à l’œil nu car la brèche est fine. Les braises s’éteignent petit à petit, car on n’attise plus le feu.

Ce n’est pas la mort, ce n’est même pas grave. C’est une sorte de vide. Un vide vivant.

Cela ressemble à une petite maison abandonnée dans les bois, c’est froid, humide, sombre et un peu déprimant.

La maison peut se réparer mais il faut les outils, les ouvriers, les artisans. Il faut les chercher, puis les trouver.

Non, en fait il faut les bons outils, les bons ouvriers, les bons artisans. Il faut les chercher, puis les trouver.

On veut faire cela tout seul, sans aide. Sans regarder le mode d’emploi, car c’est ennuyeux. Sans relire ses leçons parce que c’est pénible. Parce qu’on manque de patience.

De patience, et de résilience.

Ne pas accepter la situation. Ne pas se résigner. S’obstiner. En vain.

Car on n’a pas d’emprise sur tout. On se croit libre mais on s’emprisonne. Agir sur l’incontrôlable ne fait qu’empirer la situation.

Repartir en arrière.

Toutes les leçons apprises sont oubliées. Ne plus avoir de recul, être soumise à son mental et son égo. Ne plus savoir comment en sortir.

Alors qu’on l’a su, on l’a oublié.

Peut-être pour l’apprendre à nouveau.

 

Probablement coécrit avec le spleen du mois de novembre, l’approche de la pleine lune, mon SPM ou les 3. Dans le doute, je les crédite.

Lettre à mon corps

Cher toi,

Je t’écris une lettre aujourd’hui pour la première fois.

C’est étrange, cela ne me semble pas bizarre de t’écrire une lettre que je ne t’enverrai pas mais que tu liras quand même.

Aujourd’hui et depuis un certain temps, je ne t’ignore plus. Au contraire, je ressens à quel point tu es là. Je te regarde et je te sens.

Je vis de plus en plus avec toi. On a arrêté de s’ignorer. Enfin, j’ai arrêté de t’ignorer parce que toi, tu as toujours été là pour moi. Tu as toujours bien fonctionné. Tu as grandi en prenant ton temps mais finalement, tu as fait de moi une grande fille. Au sens propre. Tu es en bonne santé, je ne suis presque jamais malade. Je ne me souviens même pas de la dernière fois que je l’ai été. Ça devait être en voyage. J’ai dû être imprudente et te faire subir quelque chose que tu n’as pas apprécié. Pardon. Mais tu me l’as sûrement bien rendu.

Plusieurs fois, tu as subi de mauvaises expériences à cause de moi, comme la fois où j’ai fait une chute et que je me suis fracturé le pied. Mais ce n’était pas de ma faute. Ou celle où j’ai sauté dans un lac sans savoir qu’il n’y avait aucune profondeur et que j’ai fini en béquilles. Là, c’était de ma faute…

En tout cas, j’essaie maintenant de prendre plus soin de toi. Je bois plus raisonnablement qu’avant, je sais que tu t’en rends compte et que tu l’apprécies. Tu n’aimes pas quand je bois trop en soirée hein… Tu gémis le lendemain. Je fais du sport, du yoga et la plupart du temps, je mange bien. Pour tout ça, j’ai compris que tu me remerciais. Peut-être que tu me pardonnes plus facilement les moments où je prend des décisions sans te consulter. Je sais qu’elles ne sont pas toujours bonnes pour toi mais comme tu es vraiment sympa, tu me suis toujours sans trop te plaindre (à l’avance du moins).

J’ai arrêté d’essayer de contrôler ton apparence.

Je t’ai dit que je n’avais pas été malade depuis longtemps mais en réalité, ce n’est pas totalement vrai. Tu continuais de bien fonctionner mais je t’ai quand même fait subir un contrôle alimentaire que tu n’avais pas choisi. Le cerveau avait pris le dessus. Je l’ai laissé faire parce que je ne m’en suis pas rendu compte. Petit à petit, il a prit les rennes et c’était tellement subtile que je n’ai rien fait pour l’en empêcher. Je regardais ailleurs. Je n’étais pas en mauvaise santé mais ce n’était pas sain non plus. Je t’ai fait perdre des kilos que tu aurais certainement préféré garder. Pardon. Je t’ai privé de certaines choses que tu aurais aimé manger. Pardon. Mais tu as remarqué, c’est fini. Maintenant je te donne ce que tu veux et quand je te les refuse, c’est pour les bonnes raisons. On retravaille en équipe maintenant.

Avant, je te regardais peu et je voyais surtout ce que je n’aimais pas en toi. Notamment ce nez, que j’ai toujours détesté. Il va bien aux autres membres de ma famille qui ont le même modèle mais sur toi… C’est une erreur. Il est trop grand, trop présent, trop… existant. Je ne peux pas me cacher avec ça. Il ne va pas avec la tête qui est trop petite. Tu as des choses trop grandes et d’autres trop petites, il y un manque d’équilibre, une colonne vertébrale qui ressort trop. Voilà ce que je t’ai dit, redit, encore et encore. Tu l’as beaucoup entendu ce discours, hein.

Toi, mon corps, je t’ai vu changer. Je n’ai pas eu d’autre choix que de le voir. Tu es un corps de femme alors, tu as changé comme tous les corps de femmes. Il y a eu les règles, que j’ai plutôt bien accueillies. J’ai découvert que j’avais un utérus et ce que cela impliquait. J’ai attendu mes seins, ils sont arrivés timidement mais ne se sont pas imposés. Ils sont restés près de l’entrée, assis tranquillement sur une petite chaise sans oser se lancer sur la piste de danse. Ils sont restés sur la réserve. Je leur en ai voulu pendant longtemps. Puis je les ai acceptés. Maintenant je les aime. On en a fait du chemin.

Aujourd’hui, je te regarde plus qu’avant. Parfois je ne t’aime pas. Parfois, ton reflet me donne envie de pleurer. Mais c’est très rare et c’est en fait ma tête qui parle, ça n’est pas toi. Ça n’est pas de ta faute. Je vais arrêter de te blâmer, j’ai compris.

Tu n’es pas très fort en technique de camouflage. Je veux dire, pour cacher ce qu’il y a à l’intérieur. Mais oui tu sais, les yeux qui pétillent, les larmes qui montent, et les plaques de rougeur sur tout le corps quand je suis émotive.

Je ne sais pas comment j’ai pu oublier de te le dire avant, quand je parlais de mes complexes. Mais en fait c’était ça mon plus gros complexe, plus que mon nez. Cette couleur. Ce rouge. Cette marque évidente de ma vulnérabilité et tous les commentaires que ça a attiré. Car les gens avaient leur mot à dire. Ils ont toujours un mot à dire mais je ne les écoute plus. A cause de ça, tu m’a gâché la vie pendant longtemps. Cette peau si blanche qui peut virer au rouge en un quart de seconde. A cause de toi, je ne parlais pas.

Pardon. Je recommence à te parler comme avant, à t’accuser. Ce sont les émotions qui remontent. Ce n’est pas à cause de toi. Tu n’as pas choisi d’être comme cela.

En tout cas, on peut dire qu’avec toi, je ressens les choses. Fort, très fort.

Je ne vais pas parler de ma tête, de ce cerveau qui carbure parfois si longtemps qu’il m’empêche de dormir.

Parlons des nausées. Oh oui, ça, tu ne m’a jamais épargnée. Petite, impossible de faire un trajet en voiture sans que ça finisse en drame. Aujourd’hui, les trajets sur le sol sont sereins, mais il n’en est pas de même sur la mer, en bateau. D’accord, ce n’est pas si contraignant car je n’ai pas prévu de vivre sur l’eau. Soit.

Certaines nausées, je ne peux pas te les reprocher. Les lendemains de soirées. Les orgies de bouffe entre amis ou en famille. Le saut en parachute ou encore les montagnes russes. A chaque fois, je sais qu’il y a un risque, j’en assume la responsabilité.

Mais par contre, quand je suis émotive… Est-ce que tu pourrais me rendre ça un peu moins intense, s’il te plait? Il y a le stress, la pression avant un événement important, une prise de parole en public, une représentation, une rencontre importante. Cela ne m’aide pas d’avoir envie de vomir. Vraiment pas. Ça serait cool que tu m’aide un peu sur ce coup.

Et puis, quand je suis amoureuse. Ou même avant ça, juste très attirée par quelqu’un. Là, tu m’expliques ce qui se passe? Tout le monde parle de « papillons dans le ventre ». Ça a l’air cool. Ça sonne comme quelque chose de doux, agréable, léger. Moi, ce n’est pas du tout ça que je ressens. J’ai le ventre qui se tord, une nausée continue comme si je traversais l’Atlantique en m’agrippant à un radeau de fortune. Et tu sais que j’ai le mal de mer!

Et puis ce n’est pas juste un « mal de cœur ». Toi mon cœur, tu es vraiment très pote avec mon ventre. Ça, je l’ai bien compris. Tous les deux, quand vous avez décidé de vous y mettre, vous êtes bras-dessus bras-dessous. On dirait que vous vous liguez contre mon cerveau, genre, quand ça n’est vraiment pas le moment. Ok, je sais que le cerveau ne vous a pas toujours bien traités, mais là… Pourriez-vous me rendre ça plus facile? Promis, je ne vous négligerai plus, mon cœur et mon ventre. Je ferai attention à vous. On peut faire équipe alors?

Je sens que cette simple lettre ne va pas suffire mais, on en reparlera.

Cher corps, comme je te l’ai dit, je vais continuer à prendre soin de toi, à te regarder avec un œil plus bienveillant et à t’adresser de la gentillesse et de l’amour.

En plus, tu me laisses faire plein de choses pour m’exprimer. Mes cheveux, je vous en ai fait voir de toutes les couleurs. Enfin, je ne me suis jamais lancée dans des teintes très fantaisistes et je n’ai toujours pas osé vous couper très court. Ça, c’est à cause de toi mon nez. Je ne t’aime toujours pas assez pour assumer cette coupe. Puis il y a les fringues et le maquillage. C’est tellement cool de pouvoir mettre tout plein de choses sur toi, changer de style selon mes humeurs et mes envies. Parfois, je te laisse brut. Je te fous la paix. Parfois, je veux te mettre en valeur car je t’aime et que j’ai envie de le montrer.

Et puis il y a les tatouages. Je ne grave sur toi que des choses que j’aime, comme des cadeaux. Je t’offre de belles pensées et des messages que je veux que tu portes toujours avec toi. Je te fais cadeau de dessins que j’ai fait. C’est une preuve d’amour envers toi, ces tatouages. Je ne cherche pas à te cacher, au contraire. Je cherche à t’honorer par ces gestes. Je confie alors une partie de toi aux mains expertes d’artistes, auxquels j’accorde ma confiance, le temps de quelques minutes.

Ces moments où je te tatoue ne sont pas les seules fois où j’accorde à quelqu’un d’autre de la confiance pour pouvoir te partager. Non pas t’offrir, car tu es à moi et je ne te donnerai jamais à personne. Mais parfois, je te partage. Tu aimes ça, ça te fait du bien. Dans ces moments là il y a enfin une harmonie entre le cœur, le ventre et le cerveau. Et franchement, ça me fait du bien quand vous êtes en accord tous les trois.

Donc merci pour ça, merci pour cette harmonie que j’arrive parfois à trouver dans ma vie grâce à toi. Car quand je la trouve, c’est le plus grand bonheur qui soit.

Merci pour toutes ces petites choses que j’ai toujours aimées, même quand je rejetais une partie de toi: mes yeux, mes jambes, mes épaules, mon cou, mes grains de beauté préférés. Merci pour celles que j’ai fini par aimer, pour celles qui ont changé et sont les marques de ma féminité, que j’aime telles qu’elles sont car je suis heureuse d’être une femme et de vivre cela à travers toi. J’espère être à la hauteur vis-à-vis de ce qu’il me reste encore à aimer. Je m’en veux un peu car toi, tu ne m’as jamais questionnée et moi parfois, je te juge.

J’espère que l’on se parlera plus souvent désormais.

A bientôt,

Marie

Newsletter d’#août – La communication non violente

«  La violence, quelle que soit sa forme, est une expression tragique de nos besoins insatisfaits »

Marshall B. Rosenberg

 

Le jour où j’ai découvert qu’il existe quelque chose qui s’appelle la « communication non violente » et que l’on peut l’apprendre, j’ai réalisé à quel point notre communication au quotidien pouvait être, par opposition, violente.

Bien sûr il y a les paroles, dialogues et attitudes volontairement violents – à base d’insultes, de cris, de messages humiliants – dont j’ai pu comme tout le monde être la témoin, la victime voire l’auteur (et oui, ça fait mal de le reconnaître). Ceux-là, je les identifie plutôt très bien. Mais ensuite il y a la communication négative, plus subtile, qui peut traduire une certaine violence surtout lorsqu’elle est récurrente : le jugement, les sous-entendus, le dénigrement, les injonctions, les yeux au ciel, les soupirs, etc.

Depuis que je m’exprime de façon plus régulière et publique sur des sujets aussi polémiques que l’égalité des sexes, le féminisme ou la masculinité, je reçois autant de preuves d’une mauvaise communication. Certains messages que j’ai pu lire sur Internet ou qui m’étaient directement adressés recouvraient de la revanche personnelle, de la frustration ou de la haine de l’Autre. Cette communication renforce l’opposition entre les parties qui croient entamer un dialogue mais ne font que camper sur leurs positions. C’est une partie de tennis ou chacun se lance des arguments dans l’unique but de gagner Roland Garros. Je sais que ça peut être utopiste mais en lançant mon podcast Bleu Bonbon, je voyais (je vois toujours) plutôt cela comme un puzzle collectif. Chacun amènerait une pièce pour que l’on fasse, ensemble, un tableau de nos différentes expériences et idées afin d’en tirer des conclusions et éventuellement essayer de changer certaines choses.

En me lisant là, je me rend compte à quel point je suis effectivement utopiste… Mais est-ce que je dois arrêter pour autant?

Je m’égare un peu, revenons au sujet que je voulais aborder: la communication non violente donc, désignée également par son acronyme CNV. Changer sa communication est un exercice extrêmement difficile et j’ai beaucoup à apprendre. Moi qui suis très sensible et émotive, j’ai toujours une première réaction forte, viscérale, instinctive lorsque je lis quelque chose qui me révolte ou que l’on m’agresse. Mes premières pensées et instincts sont violents, improductifs. Je m’efforce donc au maximum de ne pas publier ce que je peux écrire sous le coup de l’émotion (parfois nécessaire pour exorciser). J’attend un peu puis je me rappelle mes objectifs afin de rédiger une réponse le plus possible dénuée de toute animosité. J’essaie de répondre aux questions avec sincérité, de reformuler ce que dit l’autre pour être sûre d’avoir compris son message. Bien souvent  alors transparaît le fond de ses pensées et son intention première qui est de se défouler. Et puis parfois, je fais des ratés.

J’ai donc commencé à apprendre ce qu’est la communication non violente et je peux déjà vous dire que je regrette une chose: ne pas l’avoir appris plus tôt, à l’école. Je pense que cet enseignement devrait être obligatoire et peut-être qu’après avoir lu ma newsletter, vous serez du même avis. Même si ça n’est pas le cas, j’en discuterais avec vous avec plaisir, en toute sincérité et bienveillance.

Bonne lecture.

 

CNV

 

Abandonner la violence au profit de l’empathie, l’authenticité et le respect

Pour commencer, voyons précisément ce qu’est la Communication Non Violente. Sa dénomination en donne une définition par la négative: on nous dit ce que cette communication n’est pas, à savoir par exemple: agressive, jugeante ou humiliante. Mais qu’est-elle alors? Sur quelles valeurs, principes, est-elle assise?

Le site francophone de la CNV nous en donne une bonne présentation, tant sur ses principes que sur sa création. Cet article de Contrepoints explique également clairement l’utilité de la CNV et fait un rapprochement avec une communication libérale, où chacun exprime librement ses besoins et valeurs pour arriver à une harmonie collective.

 

Qui est Marshall B. Rosenberg, le père de la CNV?

La CNV telle qu’elle est connue et enseignée aujourd’hui est attribuée a Marshall  B. Rosenberg, un docteur en psychologie clinique américain, né en 1934 et décédé en 2015. Il a théorisé la CNV dans les années 1960 aux Etats-Unis. Pour en apprendre plus sur lui, le plus éclairant me semble de lire ce que lui même a à dire sur la CNV, dans cette interview ou encore dans celle-ci.

 

La CNV comme outil pour parler de sujets… délicats

L’apprentissage de la CNV est long et compliqué car lorsque l’on se sent agressé, il est difficile de ne pas retomber dans un mode de communication « violent ». Et parfois, notre interlocuteur n’est pas réceptif à la communication non violente que nous essayons d’instaurer. Il faut donc persévérer, car la CNV semble être un outil extrêmement utile pour parler de sujets compliqués, qui divisent, provoquent des tensions, réveillent de la colère, par exemple: les injustices, les discriminations ou encore la politique, comme on peut le lire dans cet article de Slate.

 

CNV, sciences et éducation

Des études en neurosciences ont démontré l’impact des relations humaines sur le développement du cerveau et donc sur les comportements humains. Nos expériences modifient notre cerveau tout au long de notre vie; cependant, les impacts les plus importants ont lieu avant la fin de l’adolescence et surtout dans la petite enfance. Cela semble évident mais il est important de le rappeler: la façon dont nous communiquons avec les enfants va affecter la formation de leur cerveau et donc leurs comportements en tant qu’adultes. La communication non violente serait donc extrêmement bénéfique comme on peut l’apprendre dans cet article ou dans cette conférence de la pédiatre Catherine Gueguen (assez longue mais passionnante si vous voulez creuser un peu plus le sujet).

 

Un lien entre la CNV et la spiritualité

Isabelle Padovani enseigne la CNV et anime de nombreuses conférences sur ce sujet. Sur sa chaîne Youtube, vous pouvez en retrouver plusieurs extraits. Dans cette interview, elle parle de son rapport personnel à la CNV, de ce que ce mode de communication lui apporte dans sa vie et du lien qu’elle fait avec la façon dont elle vit sa spiritualité.

 

La CNV dans le monde

L’intérêt de la CNV est aujourd’hui reconnu dans de nombreux endroits sur la planète et elle est enseignée sur les différents continents, à des formateurs, des élèves ou encore des détenus. Cependant, sa popularité pourrait encore largement s’accroître et si des projets sont créés un peu partout, ils ont besoin de soutiens financiers, humains et de médiatisation. Le projet de film Big Dream notamment serait un bon moyen de populariser la CNV et j’espère qu’il verra le jour.

Dénoncer n’est pas assez.

Vous êtes choqué.e.s par cet article? Révolté.e.s?

Tant mieux.

Mais hé, juste pour enfoncer le couteau dans la plaie, ce genre de situation en France est TRISTEMENT BANALE.

Au cas où vous ne seriez pas au courant (si vous êtes un ermite ou si vous avez un syndrome de déni par exemple), ce n’est pas un acte isolé.

En préambule: oui, j’ai été témoin de situations sensiblement similaires à Paris. Oui, j’ai été harcelée plusieurs fois. Oui, je sais de quoi je parle, comme toutes les femmes qui vivent en France. Et oui, ça n’arrive pas qu’en France mais c’est ce dont je parle ici.

Alors ok, c’est bien de faire des articles suite à ce genre d’évènements, c’est même indispensable d’en parler car ça ne doit JAMAIS devenir acceptable. Mais on s’entend que ça va faire réagir les médias et les gens pendant, quoi, 2 jours, puis tout le monde va gentiment s’en retourner à l’affaire Benalla (oui parce qu’il n’y a que ça qui nous intéresse, pas vrai? En tout cas c’est ce que j’ai lu. Les médias doivent mieux savoir que nous). Ensuite on attendra peut-être un projet de loi peut-être acceptable.

On s’entend aussi qu’en parler pendant 2 jours, ça ne va servir à rien. Est ce que les hommes qui harcèlent et agressent vont arrêter de se comporter comme cela? Non. Est-ce que la médiatisation de ce genre d’évènement va leur faire peur? Non. Est-ce que ça leur procure la moindre émotion qu’on en parle? Probablement pas.

Ces hommes là s’en battent les c*** qu’on se sente en insécurité, qu’on ai peur de se faire frapper, insulter, violer, ou même simplement toucher. BALEK je vous dit.

Parce qu’en vrai, il va se passer quoi là? Oh génial, on a des preuves, des vidéos, on va accompagner la victime et témoigner. Puis quoi? Ça restera un fait divers. Les harceleurs ne vont pas se sentir en danger après ça. Il ne vont pas sentir qu’il y a un risque, un réel danger pour eux à continuer d’agresser et harceler des filles.

Il ne vont pas ressentir cette peur qu’on a dans le bide quand nous, les femmes, on sort dans la rue. Alors bien sûr, on n’a pas peur tout le temps, heureusement. Parfois on n’y pense pas. Mais le moindre regard, geste, parole ou situation gênante ou déplacée nous remet directement cette putain de boule dans le ventre. Je ne te parle pas des petits papillons quand tu es amoureux/se. Non, de la boule de la peur. Messieurs, certains d’entre vous ne savent pas ce que c’est.

Est-ce qu’un jour on va VRAIMENT faire quelque chose de significatif contre ça? Est-ce qu’un jour les femmes en France se sentiront vraiment en sécurité?

Ce qui me met encore plus en colère, c’est que ce genre de situation est une des raisons pour lesquelles je ne veux plus vivre à Paris. Ouais, des hommes que je ne connais pas puissent ont une influence dans mes choix de vie personnelle. Putain, c’est triste.

Voilà. Paris, je t’aime mais je ne peux plus vivre chez toi à cause de tes rats.

Mais Paris n’est pas une exception française. J’ai vécu dans d’autres villes en France et c’est pareil. Aujourd’hui, je suis expatriée à Montréal. Ici, il n’y a pas la moitié des comportements des hommes en France qui seraient tolérés. Ici, je ne me fais pas harceler.

J’aime la France, j’aime ma culture, j’aime mon pays. Mais je hais que l’on continue d’accepter ce qui s’y passe. Désolée, mais le dénoncer dans les médias n’est pas résister. Dénoncer n’est pas changer. Dénoncer n’est pas lutter. En France, nous restons gouverné.e.s par des hommes qui ne font rien pour que cela change.

Vas-y, colle moi l’étiquette de féministe enragée. Tu veux que je te dise? BALEK.